jeudi 24 septembre 2009

La grande harba (XVII)

Capturés par les tangos dans la région de Yakouren, nous sommes dirigés vers leur repère. Le groupe a pour chef un BPB (Barbu plus barbu que les autres) qui s’intéressa tout de suite à Meriem El-Aggouna. Après une nuit passée à l’intérieur d’une grotte, nous sommes conduits chez le BPB. Quand je dis «nous», je parle du pied-noir et de moi car l’émir est aux arrêts pour haute trahison…

En arrivant chez le BPB, vautré sur un sofa, la main dans les cheveux de Meriem, assise à ses côtés, nous sommes scandalisés par la tenue légère de celle qui était, il n’y a pas si longtemps, l’héroïne de tout un peuple. Le pied-noir, qui aimait d’un amour fou cette dame au charme oriental cruel, me dit d’une voix teintée de colère :

- C’est inadmissible. Ce que tu vois est le peuple algérien. Cette dame est la seule habitante de ce pays, en dehors du gouvernement de Ouyahibelkha, des services de sécurité et des membres d’Al- Qaïda !
- Ne sois pas injuste. On l’a certainement droguée !

- Je ne pense pas. Qu’est-ce qu’elle faisait dans ce tripot mal famé du port de Bgayet ? Ses rapports avec ce salaud de maître des monts Kunlun m’ont toujours parus suspects ! Et si c’était une…

- Ecrase, buveur de Jack Daniel’s. N’oublie pas que tu parles de tout le peuple algérien ! Un mot de plus et je te balance dans le précipice ! Au fait, tu as dit «Bgayet» au lieu de «Béjaïa» ! C’est bien ! L’essentiel, c’est que ce n’est plus «Bougie» !

Quand même, je n’allais pas le laisser dire des choses sales sur le peuple algérien. Un peuple composé d’une seule personne, c’est facile à insulter ou à encenser. Mais au fond, je sais que le pied-noir disait cela par dépit amoureux. Minute papillon ! Meriem El-Aggouna n’avait-elle pas enfanté un bébé ? Pourquoi continuonsnous à considérer cette femme comme la seule habitante non institutionnelle du pays ? Le peuple algérien est composé de deux personnes ! Voilà la vérité ! C’est un coup fourré du gouvernement de Ouyahibelkha. Ils cachent le bébé. Ils ont en otage le futur peuple algérien. Le buveur de Jack Daniel’s me regardait d’une drôle de façon, comme si j’étais responsable du départ massif de ses amis en 1962 ! Je sais qu’un de ces quatre matins, on reprendra le combat entamé au restaurant de l’aérogare de Sidi Cagliari ! Je m’y prépare.

Durant mes pérégrinations dans les massifs kabyles, je me suis familiarisé avec quelques prises spectaculaires en feuilletant le bouquin au titre ravageur : « Avec Boualem KO, tout est OK !» écrit par un certain Boualem Zoudj Krouch de Hadjout, propriétaire d’une salle de sports où l’on enseigne l’art du «kung tfou alik». Ce Chinois avait choisi un nom algérien car il trouvait nos appellations pittoresques ! D’ailleurs, il avait prénommé son épouse Mart Boualem Zoudj Krouch et son fils Wlid Boualem Zoudj Krouch. Les agents de l’étatcivil avaient rouspété un peu mais, finalement, tout s’est arrangé.

«Tant que c’est pas des prénoms berbères, ça passe», avait dit l’un d’eux. Le BPB retira sa main des cheveux soyeux de Meriem et lui ordonna de remettre le hidjab. Elle s’exécuta en nous lançant des clins d’œil que je décodais comme un signal très clair. Elle voulait nous dire : «Ne vous fiez pas aux apparences. Je tiens la situation en main. J’ai un plan. Patientez…» Le chef responsable des barbus nous gratifia d’un long discours religieux qui agissait sur le pied-noir comme un somnifère.

Je le harcelais du coude pour qu’il ne s’endorme pas. Le BPB parlait maintenant de notre sort : «J’ai bien réfléchi hier. En principe, vous êtes bons à passer chez Si Ali le boucher, de son vrai nom Abou Mansour, alias Samir le vendeur de brochettes. Il a des couteaux qui ne font pas trop mal. Mais Meriem m’a convaincu de vous laisser vivants pour le moment. Nous allons nous amuser. Savez-vous jouer au football ? Si vous répondez par non, j’appelle tout de suite Si Ali le boucher.

- Ouuuuuuuuuuuuuiiiiiiiiiiiiiii !
- Alors, tant mieux. Faites appel à votre ami le traître et à quelques villageois et composez une équipe de football de 11 joueurs avec 3 remplaçants. Vous allez jouer contre notre formation. Cette dernière est classée onzième dans le championnat interwilayas des combattants d’Al-Qaïda, mais je suis sûr qu’elle vous battra par un score fleuve ! Au cas où vous remporterez le match, vous êtes libres. Si vous gagnez par trois buts d’écart, vous sauverez l’émir traître et il pourra repartir avec vous.

Par contre, si vous perdez, vous serez dirigés, immédiatement après le match, vers Si Ali le boucher.» Meriem agitait la tête en notre direction. Ce qui voulait dire : «Acceptez. C’est notre dernière chance.» Le buveur de Jack Daniel’s me regardait avec un air hautain. Lui, au moins, avait été plongeur à la buvette du stade de Reims. Moi, je n’ai jamais joué au football sur un vrai stade. Mais j’ai quand même assisté à la plus lourde défaite at home du championnat national de football. C’était dans l’ancienne Algérie, au moins de juin 1965, quand le CR Belcourt de Lalmas étrillait l’USM Annaba sur son terrain mascotte par 8 à 0 ! Mais cela ne me faisait ni chaud ni froid. J’étais supporter de la JBAC, la meilleure équipe de tous les temps pour moi. Son jeu académique et lumineux, je l’ai retrouvé un jour chez l’USM Alger quand l’arabisation de notre canard nous obligea à déménager à Alger. Durant 25 ans, c’était l’équipe que j’aimais.

Et maintenant ? Je suis un fervent admirateur de l’AC Sidi Cagliari aux couleurs… rouge et noir. C’est bien beau tout cela, mais, question pratique, je suis archinul ! Quant à l’émir, peut-être que ses longues années comme ramasseur de balles au stade de Hydra allaient nous servir à quelque chose. Nous avions le droit d’utiliser Meriem… Honni soit qui mal y pense… Allons donc, comment réfléchir à ces choses au moment où le couteau de Si Ali le boucher était suspendu sur nos cous ? Au village, nous trouvâmes quelques jeunes férus de foot. Notre choix se porta sur une bande de gars costauds menés par un certain «copain de Manga Tsé Tong alias Bariza Lavabo ! Etrange, pourquoi appelle-t-on ce gars ainsi ? Bon, après tout, on s’en fout ! S’il pouvait marquer des buts, on ferme l’œil ! Il peut même s’appeler le copain de Mounira Style ou de Zineb Twaïch, de leurs vrais noms Kawa Zaki et Toyo Tata, ça ne nous concerne pas.

Après trois séances d’entraînement, on nous invita à nous présenter au stade de San Zéro de la banlieue de Yakouren où une foule en liesse nous attendait. Il n’y avait que des barbus algériens et des non-barbus chinois. Nous étions habillés en bleu et les tangos en rouge. L’arbitre était en blanc. Bleu, blanc, rouge, cela plaisait énormément au pied-noir, mais pas au BPB qui, furieux, tira sa «mahchoucha » et abattit l’homme en noir (…en blanc !) de deux coups de feu. La foule applaudit et une petite voiture emmena le cadavre du pauvre arbitre qui fut aussitôt remplacé par un autre habillé de jaune.

«Bleu, jaune, rouge» répétait le BPB en se grattant le menton et en gardant sa «mahchoucha» à portée de main… «Non, ce ne sont pas les couleurs d’une grande nation impérialiste ! Ça doit être le drapeau de quelques pays d’Afrique…» L’arbitre comprit qu’il allait sortir indemne de ce premier test. Il dansa et cela déplut royalement au BPN qui tira encore deux autres coups. «Il agit ainsi pour vous intimider et vous abattre moralement avant le match ! Tenez bon les gars !» hurlait en notre direction un admirateur venu de Cap Aokas qui avait déployé une immense banderole sur laquelle on pouvait lire : «Allez les non-barbus ! Je t’aime Taous de Toudja !» Quelques secondes plus tard, les secouristes emmenèrent son corps et la banderole s’envola, emportée par les vents de Yakouren qui faisaient flageoler nos membres. Où était-ce simplement la peur ?

Par Maâmar FARAH

Prévenir pour éviter de réprimer

A chaque rentrée sociale, la montée en puissance de la contestation sociale et la transformation de celle-ci en mouvements sociaux sont bien évidemment conjurées. Les revendications exprimées dans la rue ne sont pas coordonnées mais risquent bien de finir par l’être si ne s’exerce pas une politique de prévention dont l’approche devrait être définie par consensus des suites d’un vrai débat.

Sans débat, quelle solution serait applicable avec efficacité si des composantes entières de la population ne trouvent pas que leurs préférences ou leurs différences y soient représentées et prises en compte ? Pourtant, il serait difficile de se rappeler si vraiment il y a eu un jour un débat qui a été mené jusqu’à son terme, jusqu’à l’épuisement de toutes les argumentations contradictoires et donc à un compromis. Y a-t-il eu un débat sur les émeutes par exemple ? Y a-t-il eu un débat sur les harraga ?

Y a-t-il eu un vrai débat sur ce qui mène des communautés à devenir mutuellement hostiles ? Le milieu le plus approprié pour débattre, en impliquant à la fois les élus dits représentants du peuple et ceux qui ne sont pas élus mais représentent les institutions, se trouve être naturellement le Parlement.

Parce qu’il n’avait pas élu domicile dans un cadre organisé, le débat se déplace dans la rue, hors de tout cadre organisé, et adopte l’usage de manifestations non autorisées qui se terminent inéluctablement par des émeutes et leur répression.

De l’avis général, le débat ne devrait pas s’entreprendre au moment de la crise, car c’est en temps de sérénité qu’il faudrait débattre pour placer le débat sur le front de la prévention et non de la répression.

Réflexe hilalien

La France nous a enfanté une Madame Soleil pour nous raconter des craques, le royaume alaouite, lui, présente un Monsieur Hilale pour cette amusante fonction. M. Hilale reproche à l’Algérie de se solidariser avec les populations sahraouies acculées voilà 34 années à chercher refuge sur son sol. Elles fuyaient éperdument les égorgeurs des FAR (Forces armées royales). On ne cache pas cette solidarité chez nous où l’on considère que nous n’avons pas à en rougir. Un devoir dont on est plutôt fiers puisque conforme aux enseignements du saint Coran et à la légalité internationale.

M. Hilale, qui se trouve être le représentant permanent du Maroc auprès de l’Office des Nations unies à Genève, continue comme les siens de travestir la réalité, à l’instar des Israéliens. On continue de présenter nos malheureux hôtes de la Hamada de Tindouf comme des «séquestrés». Une autre insulte à M. Antonio Guterres, le haut commissaire des Nations unies pour les réfugiés, qui s’était rendu il y a deux semaines dans les camps d’où il lança un appel à «une solidarité internationale plus active» en faveur des réfugiés sahraouis, «oubliés par la communauté internationale et le Haut-Commissariat pour les réfugiés».

M. Guterres, qui lui, contrairement à M. Hilale, s’est rendu sur les lieux où se poursuit le drame des populations sahraouies, n’a pas vu de «séquestrés» mais des gens qui préfèrent leurs conditions d’enfer plutôt que de vivre la colonisation ou la tentation du paradis des Souilem et autres Khalihelhoum. Les Marocains n’avaient-ils pas confectionné de belles interprétations conçues à leur juste mesure des déclarations de M. Guterres à l’occasion de sa visite dans la région ?

Une source proche du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés avait assuré en son temps au Jeune indépendant que «les propos attribués par la presse à M. Guterres ne reflétaient pas toujours ce qu’il a déclaré et en donnaient parfois une interprétation erronée». La même source confirmait en outre l’augmentation du programme d’assistance du HCR en faveur des populations sahraouies, contrairement à la propagande marocaine qui voudrait tant qu’on… affame les «sequestrés».

Par Mohamed Zaâf

Deux délits, deux!

L’avocate était très motivée pour tirer de la gadoue de la double inculpation, ce jeunot qui a vu son père être descendu en 1994 par des barbares...

Maître Samira Letlat, la jeune avocate de Belouizdad (Alger), avait mauvaise impression ce mercredi, du fait que son client poursuivi pour détention et usage de stups, avait mis sa mère dans un état lamentable alors que son père avait été déjà victime d’un acte terroriste mortel en 1994 à Bordj El Kiffan un mois d’août à 3h45 du matin du 23.

La mauvaise impression de la charmante avocate allait dans le sens d’un éventuel renvoi, ce qui signifiait, entre autres, le prolongement de la détention préventive aux Quatre Ha, donc, huit jours et huit nuits encore à passer en compagnie de condamnés de tous les calibres possibles et imaginables.

Or, Athmane A., cet orphelin précoce de 22 ans, à peine âgé de 7 ans lorsqu’il a perdu son père, s’adonne à la drogue. C’est un sniffeur? Nul ne peut l’assurer formellement. Les gendarmes, qui l’ont appréhendé à Bordj El Kiffan, seuls savent ce qui s’est réellement passé le 13 septembre 2009. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, les militaires en ronde de routine, trouvent en sa possession outre de la drogue, un portable où des vidéos «alléchantes» le mènent droit à la double, voire triple inculpation: détention, usage de drogue et attentat à la pudeur que punit l’article 333 bis (loi n°82-04 du 13 février 1982) qui prévoit une peine de deux mois à deux ans d’emprisonnement et d’une amende de 500 à 2 000 DA quiconque aura fabriqué, détenu, importé... exposé ou tenté d’exposer aux regards du public, vendu ou tenté de vendre... tous objets contraires à la décence. C’est dire si Athmane risque plus que gros surtout que pour les deux premiers délits, la détention et l’usage de drogue, la loi sur la prévention et la répression reste floue, et ce sont les juges du siège qui trinquent en tarabustant et le cervelet, la conscience et le devoir d’obéir à ladite loi.

Et si Messaoud Kennas, le procureur, a requis un très sec trois ans de prison ferme, Maître Letlat, l’avocate du jour, a, vers les 11h et quelque du 26e jour du Ramadhan 1430, pris deux «boucliers» avant de se jeter dans l’arène de la défense de son jeune client démonté par le jeûne et surtout par trois nuits de douloureuses heures de détention préventive. Et d’ailleurs, il va devoir passer encore huit autres nuits avant de connaître son destin, soit deux jours après l’Aïd (ou un, c’est selon le calendrier divin).

La seule satisfaction qu’il avait eue, c’est l’intervention de son avocate qui a plaidé juste en deux temps. «Pour la détention et l’usage de came, lança Maître Samira Letlat, l’inculpé a reconnu les faits et donc, nous demandons au tribunal l’octroi de larges circonstances atténuantes pour ce jeune orphelin qui n’a pratiquement pas connu son père, assassiné en 1994 dans des conditions atroces.» L’émotion a gagné toute la salle d’audience, sauf cette «pro» de Fella Ghezloune, la présidente de la section correctionnelle d’El Harrach, une magistrate hors pair qui avance d’une audience à une autre, Ramadhan ou jeûne, elle s’en balance car elle a été éduquée sur la base connue des familles que celui qui ne veut pas être abattu par le jeûne... bosse, bosse, bosse et prie pour plaire à Allah.

Passant à l’attentat à la pudeur, l’avocate a failli éclater de douleur car elle a eu beaucoup de mal à faire avaler la version de son client selon laquelle il avait acheté le portable le 12 septembre, soit la veille de son interpellation par les gendarmes. «Il n’a pas eu le temps de voir ce que contenait l’appareil et la vidéo contenait effectivement des images de nus, ce qui est effectivement contraire à la morale», a marmonné le défenseur, le visage rouge malgré les affres du jeûne.

En attendant le verdict, l’avocate a tout de même rigolé lorsque le détenu a demandé la...relaxe, en guise de dernier mot.

Tiens, tiens...et les circonstances atténuantes, c’est quoi?

Abdellatif TOUALBIA

Démocraties?

Dans le feuilleton consacré à l’aventure philosophique et aux combats de Jean-Paul Sartre, le personnage de l’interprète russe détachée auprès du célèbre couple lors de leur voyage en URSS raconta cette anecdote: Le ministre de l’Industrie, en visite dans une unité non performante malgré les bilans triomphalistes publiés, demandait à un travailleur son avis sur les moyens d’améliorer la production et la productivité, l’ouvrier lui récita les directives du Parti et du Gosplan. Le ministre insista pour savoir si le travailleur avait une idée personnelle, celui-ci répliqua: «Si, j’en ai une mais je suis contre!»

Tout cela pour dire que le poids oppressant du parti unique et sa censure étaient tels que les malheureux citoyens étaient poussés à l’autocensure de crainte d’avoir à subir une répression féroce de la part d’un pouvoir dictatorial. La propagande occidentale n’a pas lésiné sur les moyens pour dénoncer la censure derrière le rideau de fer. Mais l’actualité nous montre que dans les pays dits démocrates, ce ne sont pas les institutions de répression traditionnelle qui ramènent à la raison les audacieux, car ce sont les lobbies qui contrôlent les groupes financiers et les organes de communication tels que l’édition, la presse, la radio et la télévision.

Ce n’est pas pour rien que les directeurs d’information des chaînes audiovisuelles sont nommés directement en France par le président de la République. Ce n’est pas le cas au Royaume-Uni où la BBC est indépendante du 10 Downing Street: le résultat est que les mensonges de Tony Blair à propos du dossier irakien provoquèrent des mises au point de la télévision britannique.

Ce qui n’empêche pas les troupes de Sa Majesté d’occuper l’Irak, et la Grande-Bretagne de recevoir des cercueils enveloppés dans le drapeau de l’Union Jack. Actuellement, à l’occasion de la commémoration des attentats du 11 septembre 2001, des talk-shows sont revenus sur la question et des «invités de choix» ont émis la proposition aux télévisions et aux radios de ne pas servir de vecteurs à toutes les personnes qui n’iraient pas dans le même sens que la version dictée par la Maison-Blanche du temps de George Bush.

Cela peut paraître paradoxal d’autant plus que l’ancien président des Etats-Unis, qui a quitté le pouvoir avec un coup de pied à la face, avait déclenché la guerre contre l’Irak sur le plus gros mensonge de l’Histoire contemporaine.

Et qu’après, toutes les hypothèses et les conjectures peuvent paraître crédibles. A la suite des conclusions formulées par le journaliste Thierry Messan, qui avait mis en cause certains lobbys américains dans la préparation des attentats, proposant les contradictions entre les assertions du gouvernement et la réalité concrète, d’autres personnes, à l’occasion de leur passage sur les plateaux télé, ont exprimé leur scepticisme sur la vérité officielle telle qu’elle est clamée par les porte-parole de l’Otan et du lobby sioniste: Jean-Marie Bigard et Marion Cotillard et dernièrement, Mathieu Kassowitz ont été violemment critiqués par les chiens de garde du grand capital.

Et le leitmotiv qui revient sans cesse: les médias doivent-ils inviter ceux qui ne pensent pas en rond comme tout le monde. Tout le monde a à l’esprit le triste destin de Dieudonné M’bala, comédien et humoriste français qui a été définitivement rayé de personnages fréquentables, banni des plateaux de télé et harcelé par la machine à procès des organisations pro-sionistes. Il a même droit à des interdictions de spectacle dans certaines communes sensibles aux pressions. Il devient vraiment difficile de s’exprimer dans les démocraties occidentales.

Selim M’SILI

Qui dirige réellement le monde?

Des signes qui ne trompent pas donnent un Obama entrant de plain-pied dans une zone de turbulences médiatico-politiques qui ne fait que commencer.

Cette semaine très riche en événements internationaux met à nu un problème majeur. Où se trouve le centre de décision mondial? Aux Etats-Unis? On aurait pu le croire après la fin de la guerre froide et la chute du mur de Berlin en 1989. En termes militaires ou économiques, les USA gardent indéniablement le rang de première puissance. Sauf que la suprématie ne se mesure plus de la même manière que pendant la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, c’est le lobbying qui fait ou défait les affaires internationales. C’est le lobbying qui oriente, manipule et décide ce qui doit être. En tous lieux et en toute circonstance.

Nous vivons ce changement avec très peu de visibilité pour le commun des mortels. L’opinion publique ou ce qui est désigné comme tel, n’est qu’une représentation virtuelle de ce qui est présenté en son nom par les puissants lobbys. Par «l’invention» des ONG qui ne sont en fait que de puissants relais au service précisément des lobbys en question. Par l’introduction de la pratique des sondages qui servent plus à faire pencher les tendances qu’à refléter fidèlement les avis des «sondés». Par la puissance de feu construite patiemment autour de l’interconnexion des principaux médias.

Par la sophistication poussée à l’extrême des instruments financiers au service exclusif des lobbys. Par des campagnes médiatiques savamment mises au point à l’échelle planétaire pour créer et maintenir la pression, comme c’est le cas présentement pour le réchauffement supposé de la planète qui cache mal en réalité le déclassement programmé des énergies fossiles avec tout ce que cela implique comme bouleversements économiques et politiques.

Pour illustrer cette présentation générale des nouvelles tendances qui régissent les affaires du monde, cette semaine nous en offre plusieurs exemples. Commençons par la nomination «in fine» de la candidate bulgare au poste de directrice générale de l’Unesco. Il faut être d’une mauvaise foi chronique pour ne pas y reconnaître l’oeuvre du lobby juif. Seul lot de consolation, ce lobby n’a pas eu la partie facile. Il aura fallu pas moins de 5 scrutins pour venir à bout du candidat favori mais «arabo-musulman antisémite» qu’est Farouk Hosni, l’Egyptien. Autre lot de consolation, la reconduction de Manuel Barroso à la tête de l’Union européenne malgré l’opposition avérée du même lobby juif. Encore un signe de déclin de la tentacule politique de ce lobby dans la réussite par le président américain Obama d’avoir obligé le Premier ministre israélien Netanyahu à venir à New York serrer la main au Palestinien Mahmoud Abbas.

Maigre consolation car la partie est loin d’être gagnée pour Obama qui commence d’ailleurs à payer son insistance. Il redevient subitement «le noir américain» avec toute la charge négative qui n’a jamais réellement disparu au pays de l’Oncle Sam. Il redevient «le noir» pour plusieurs raisons en fait. La principale est d’avoir osé franchir la ligne rouge tracée par la puissante organisation juive américaine Aipac. Dans la décision reportée de fermer la prison de Guantanamo. Par sa position de dialogue envers l’Iran. Par son rapprochement avec la Russie de Poutine et l’annulation du bouclier antimissile européen. Par son obstination à l’existence de «deux Etats» dans le conflit israélo-palestinien.

Par son exigence de vouloir imposer l’arrêt des colonies en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Et enfin sa «tiédeur» à adhérer comme promis au protocole de Kyoto et à la réduction des gaz à effet de serre. Des signes qui ne trompent pas donnent un Obama entrant de plain-pied dans une zone de turbulences médiatico-politiques qui ne fait que commencer avec la baisse de sa cote de popularité et les difficultés qu’il rencontre à faire passer sa réforme du système de santé.

Un mot pour finir et montrer le génie du lobby juif qui réussit à faire passer Farouk Hosni, un Arabe, donc sémite, pour un antisémite. La prouesse consiste à maintenir la «différence» qu’il est convenable de faire entre juif, sioniste et israélien.

Zouhir MEBARKI

Suspicion!

Hier, les Nord-coréens, les Iraniens... Aujourd’hui, les Algériens. De quoi sommes-nous donc soupçonnés? De fabriquer la bombe nucléaire? Non, pas encore, mais d’avoir la capacité de le faire un jour. C’est du moins ce qu’estime un «expert», largement repris par les médias occidentaux, selon lequel l’Algérie est devenue «dangereuse» du fait qu’elle aurait les capacités, les «moyens» et le «matériel» pour ce faire. Alors que reproche-t-on à l’Algérie? Essentiellement sa capacité, laquelle certes reste à vérifier, qui lui permettrait à tout moment d’entrer de plain-pied dans le club très fermé des puissances nucléaires.

Et apparemment, cela fait peur. A qui? Sans doute que le questionnement devrait se poser autrement. Pourquoi vouloir, ou prétendre, interdire à l’Algérie - l’accès à la science et à ses ramifications et applications - ce que l’on trouve normal pour l’Allemagne ou le Japon, le Canada ou d’autres pays industriels occidentaux - ayant tous peu ou prou la capacité et les moyens de fabriquer la bombe nucléaire à tout moment?

Pourquoi ce qui est naturel et allant de soi pour d’aucuns, car allant dans le sens du progrès et du développement d’un pays, serait prohibitif pour nous? On n’a pas entendu cet «expert» ou ses collègues s’alarmer du fait qu’Israël - seul pays au monde qui n’adhère pas au processus du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP, en vigueur depuis 1968 et dont l’Algérie est partie prenante) - qui dispose de 200 bombes atomiques sans qu’aucune organisation internationale n’aient pu, à ce jour, contrôler son arsenal nucléaire, véritable danger mortel pour la planète, ne dérange, curieusement, nullement ces consciences si promptes à jouer au gendarme nucléaire.

L’Algérie doit-elle rester sur la défensive, comme si elle a quelque crime à cacher, ou expliquer continûment que son nucléaire est civil et pacifique face à la moue de nos censeurs? Disons-le net, le nucléaire pacifique c’est quoi? Toute recherche scientifique à caractère civil, aboutit à un moment ou un autre à la maîtrise de son application, y compris militaire. C’est surtout le fait que certains pays (pas tous notez-le) - pas totalement amis ou de confiance - puissent accéder à ce savoir-faire scientifique dans sa globalité qui inquiète.

L’Occident n’a-t-il pas proposé à l’Iran de procéder à l’enrichissement de son uranium pour peu que Téhéran abandonne sa prétention de maîtrise des étapes de la procédure nucléaire? Ok, «nous vous fournissons tout ce dont vous aurez besoin mais laissez tout tomber». Or, aucun article du TNP n’interdit de telles recherches. Ces interdits sont du seul fait des détenteurs du monopole du nucléaire qui ne veulent pas que ce savoir-faire et connaissances scientifiques soient partagés par d’autres pays qui ne sont pas sous contrôle.

Pour d’autres raisons, Israël, qui détient l’arme atomique, prétend interdire au monde arabe et musulman l’accès au savoir nucléaire, allant même jusqu’à décréter «zone stratégique» la région allant du Maroc au Pakistan. Aussi, sortir cycliquement des bobards sur le nucléaire algérien finit par fatiguer. Et puis, Alger doit-elle expliquer et/ou justifier à tout bout de champ ce qu’elle entreprend et fait dans un domaine, à ce que l’on sache, ouvert à tous? Aucun article du TNP n’interdit non plus aux pays arabes et/ou musulmans de faire des recherches poussées dans la science nucléaire et ses applications.

Les deux centrales nucléaires algériennes ont, à maintes reprises, été inspectées et contrôlées par l’Aiea (Agence de sûreté nucléaire de l’ONU), ce qui est loin d’être le cas pour nos censeurs occidentaux et israéliens. Faites ce que l’on vous dit, ne faites pas ce qu’on fait, ne fonctionne plus et n’intimide plus personne. L’Algérie dont les centrales nucléaires sont ouvertes à l’Aiea, n’a pas à justifier, pour un oui ou un non, la conformité de son nucléaire au TNP et face aux oukases de pays qui refusent le contrôle de l’ONU ou «d’experts» en mal de scoop.

N. KRIM