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dimanche 27 décembre 2009

Contre d’hiver

Ça doit ressembler à ça, le paradis ! Je le sens dès que je sors de chez moi. Le couloir n’est plus ce réduit encombré de cette catégorie de vieilleries qui posent l’insoluble problème existentiel : ni utilisables, ni jetables. On croirait l’intérieur d’une clinique. Suisse, bien sûr ! L’ascenseur qui rouillait dans ses câbles depuis le cessez-le-feu en mars 1962 a été nuitamment plongé dans un bain de jouvence. La cabine teintée au brou de noix sent bon l’encaustique au goût de vanille.

Les vitres sont plus nettes que les lentilles de la voyante extra-lucide qui dresse les plans de développement national. J’appuie sur le bouton doré. L’élévateur arrive dare-dare à mon étage, le groom articulant l’ouverture de la portière. Au rez-dechaussée, je presse un autre bouton, celui qui déverrouille l’issue principale. Dehors, je n’en crois pas mes narines. Ni mes yeux. Tout est nickel. L’air purifié a la légèreté de l’être. Une main de prestidigitateur a, dans la nuit, ripoliné les murs de mon quartier.

Ils ne ressemblent plus à ces parois de taudis des bidonvilles en dur. En passant, la baguette magique a effacé les tombereaux d’immondices qui s’accumulent plus vite que dans une usine de compostage. Des arbres ont poussé en catimini. L’allée qui mène au parking est un bonheur d’ombre parfumée. Le gardien du parc arbore une coquette casquette portant sur la visière les armoiries de la municipalité. Un aigle et un lion entrecroisent, altiers, leurs griffes dans un dessin stylisé. Son uniforme est aussi propre que le tapis d’herbe qui borde le parking. En actionnant la barrière automatique, il me couvre de bénédictions. Il le fait pour tout le monde. C’est dans sa culture.

Il fait bon circuler sur la route. Les rares voitures sont conduites par des chauffeurs au civisme exemplaire. Ils respectent les limitations de vitesse, l’interdiction de doubler, de klaxonner en agglomération, de darder des bordées de jurons à l’adresse d’on ne sait qui on ne sait pourquoi. La chaussée a recouvré miraculeusement toute son intégrité. Pas un nid-de-poule pour piéger le pigeon. Pas un trou au milieu de la route pour engloutir ta suspension avant. Pas un trottoir défoncé où grouillent les ballets désynchronisés des passants. Tu crois rouler dans une de ces images du Code de la route. Tu drives ton char dans un lavis aux formes géométriques et aux couleurs claires.

Tout est carré, propret, ordonné, agréable ! La radio à bord achève un débat contradictoire entre un ministre d’un gouvernement élu et un député de l’opposition, aussi pointus et respectueux des règles de la démocratie l’un que l’autre. On parle de la loi, soumise au débat à l’Assemblée nationale, sur l’indemnisation des anciens harraga. Depuis quelques années, une politique de concorde nationale permet aux anciens harraga de se réinsérer dans la société. L’Etat met les moyens pour que cette partie de la jeunesse se sente chez elle en Algérie. De toute façon, il n’y a plus de harraga depuis longtemps. Le pays est tellement paradisiaque qu’on s’attend à ce que leur flux se fasse à l’envers.

Les experts prédisent pour les années à venir une arrivée massive de harraga à partir des rives européennes de la Méditerranée. Le ministère des Anciens harraga, qui liquide les derniers dossiers, s’apprête à changer de mission puisqu’il va s’occuper de l’immigration clandestine de jeunes Européens chassés de chez eux par la crise, la malvie et le manque de démocratie. Juste le temps d’attente aux quelques feux à l’énergie solaire qui jalonnent mon parcours, je déboule au bureau. Je passe devant les guichets. Les quelques usagers matinaux qui ont des problèmes à régler avec l’administration qui m’emploie, dépendant elle-même du ministère des Anciens harraga, sont assis sagement dans la salle d’attente baignée dans le silence à peine strié par le feulement des pages des journaux qu’on tourne. Ils sont munis de jetons qui fixent leur ordre de passage. Tout le monde est proprement vêtu. Les gens que je rencontre dans les couloirs ont l’air de glisser sur la moquette.

Je transite par mon bureau où j’ai juste le temps de saluer la secrétaire déjà à pied d’œuvre, puis je file à la réunion quotidienne des chefs de bureau. Le dirlo, lui-même un ancien harrag repenti, plus matinal que tous les autres réunis, est dans les murs depuis belle lurette. Dans la salle de réunions, nous le découvrons, comme chaque jour, à la table ovale, un paquet de dossiers déjà épluchés sous le nez. Nous nous saluons brièvement les uns les autres et nous entamons le briefing qui ne doit pas excéder dix minutes. Nous échangeons les points de vue sur les dossiers équitablement maîtrisés par chacun des membres du staff et nous nous séparons pour rejoindre nos bureaux. A 8h40, la machine est déjà en branle. La matinée est intense, le travail avance dans l’harmonie et le calme.

A la pause déjeuner, je monte à la cantine. Un vrai resto, ce truc ! Des agents vêtus de blanc, les cheveux pris dans des bonnets en plastique et les mains dans des gants officient devant les bacs d’un self-service qui propose une nourriture appétissante et propre. Les employés de la boîte observent la chaîne dans la bonhomie, sourire aux lèvres, se racontant des histoires drôles. Des haut-parleurs invisibles diffusent une musique si douce qu’on croirait qu’elle fait partie de l’air qu’on respire. La table que viennent de quitter mes collègues est débarrassée en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire par des agents vigilants et véloces. Avec d’autres collègues, je prends possession d’une table presque neuve.
C’est à la cafétéria, devant un café que je prends au pied de la plante verte devant la baie vitrée qui donne sur la mer, que j’ai enfin le temps de feuilleter les journaux. La multitude de quotidiens lancés dans une compétition de qualité pose au lecteur un sérieux dilemme pour le choix de ses journaux. Pas le temps de cogiter sur ça que déjà il faut reprendre le turbin. J’aime bien le travail de l’après-midi. Les visiteurs étant partis, les bureaux sont encore plus calmes. Quand le gong de 17 heures retentit pour annoncer la fin de la journée de travail, je regrette de devoir partir. Le travail est si agréable, et la conscience de son utilité sociale le fait précieux. Les quelques courses qui m’attendent, je les fais d’un coup de volant. La circulation en ville est une partie de plaisir et j’arrive à me garer sans difficulté quasiment devant la vitrine de chacun des magasins que je cible.

Il me faut juste dix minutes pour que je sois de retour chez moi. On doit se préparer car après un léger, j’emmène les plus grands des enfants (18 et 20 ans) voir Sid- Ahmed Agoumi dans Le roi Lear de Shakespeare en tamazight sous-titrée en anglais au théâtre de Sidi-Yahya. Ça fait des mois que la pièce se joue à guichets fermés, et ayant eu la chance de dégotter des places, il n’est pas question de rater le spectacle. Sinon il faudra attendre que la tournée conduise la pièce au théâtre de Bachdjarrah où j’ai un abonnement.

Cette émergence de salles de théâtre nous la devons à un ministre de la Culture qui avait imposé, il y a quelques années, qu’il ne se construise désormais plus de ville ou même de quartier sans qu’ils soient dotés d’un théâtre, d’un cinéma, de librairies, de bibliothèques. Les règles strictes d’urbanisme et d’urbanité ont transformé nos villes en véritables joyaux qui n’ont plus rien à voir avec la hideur d’antan. Après le théâtre, nous avons décidé de prendre un encas sur le pouce quelque part au bord de la mer.

Les terrasses des paillotes sur la plage du Caroubier font rêver de voyages immobiles. Mais voyager pour quoi ? Nous sommes si bien ici. Je regarde la télé un peu, le soir avant de dormir, ça détend mes méninges. Pas besoin des paraboles et des couscoussiers d’autrefois. Les 23 chaînes que me propose ma zapette nationale couvrent un spectre de tous les goûts politiques, artistiques, culturels. Je n’ai que l’embarras du choix. J’appuie à tout hasard sur une des touches de la télécommande.

Je tombe sur la mine grise d’un journaliste de l’ENTV en train de réciter les résolutions du comité central du FLN en justifiant que Bouhara soit censuré. J’ai l’impression de rêver. La berlue ? Une hallucination qui fait ressurgir le passé ? Je tape vite fait sur une autre touche. Même tronche. Encore une troisième. Kif kif. Une voix off me dit alors : tu crois qu’on sort comme ça des cauchemars ?

Par Arezki Metref
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Contre d’hiver

Ça doit ressembler à ça, le paradis ! Je le sens dès que je sors de chez moi. Le couloir n’est plus ce réduit encombré de cette catégorie de vieilleries qui posent l’insoluble problème existentiel : ni utilisables, ni jetables. On croirait l’intérieur d’une clinique. Suisse, bien sûr ! L’ascenseur qui rouillait dans ses câbles depuis le cessez-le-feu en mars 1962 a été nuitamment plongé dans un bain de jouvence. La cabine teintée au brou de noix sent bon l’encaustique au goût de vanille.

Les vitres sont plus nettes que les lentilles de la voyante extra-lucide qui dresse les plans de développement national. J’appuie sur le bouton doré. L’élévateur arrive dare-dare à mon étage, le groom articulant l’ouverture de la portière. Au rez-dechaussée, je presse un autre bouton, celui qui déverrouille l’issue principale. Dehors, je n’en crois pas mes narines. Ni mes yeux. Tout est nickel. L’air purifié a la légèreté de l’être. Une main de prestidigitateur a, dans la nuit, ripoliné les murs de mon quartier.

Ils ne ressemblent plus à ces parois de taudis des bidonvilles en dur. En passant, la baguette magique a effacé les tombereaux d’immondices qui s’accumulent plus vite que dans une usine de compostage. Des arbres ont poussé en catimini. L’allée qui mène au parking est un bonheur d’ombre parfumée. Le gardien du parc arbore une coquette casquette portant sur la visière les armoiries de la municipalité. Un aigle et un lion entrecroisent, altiers, leurs griffes dans un dessin stylisé. Son uniforme est aussi propre que le tapis d’herbe qui borde le parking. En actionnant la barrière automatique, il me couvre de bénédictions. Il le fait pour tout le monde. C’est dans sa culture.

Il fait bon circuler sur la route. Les rares voitures sont conduites par des chauffeurs au civisme exemplaire. Ils respectent les limitations de vitesse, l’interdiction de doubler, de klaxonner en agglomération, de darder des bordées de jurons à l’adresse d’on ne sait qui on ne sait pourquoi. La chaussée a recouvré miraculeusement toute son intégrité. Pas un nid-de-poule pour piéger le pigeon. Pas un trou au milieu de la route pour engloutir ta suspension avant. Pas un trottoir défoncé où grouillent les ballets désynchronisés des passants. Tu crois rouler dans une de ces images du Code de la route. Tu drives ton char dans un lavis aux formes géométriques et aux couleurs claires.

Tout est carré, propret, ordonné, agréable ! La radio à bord achève un débat contradictoire entre un ministre d’un gouvernement élu et un député de l’opposition, aussi pointus et respectueux des règles de la démocratie l’un que l’autre. On parle de la loi, soumise au débat à l’Assemblée nationale, sur l’indemnisation des anciens harraga. Depuis quelques années, une politique de concorde nationale permet aux anciens harraga de se réinsérer dans la société. L’Etat met les moyens pour que cette partie de la jeunesse se sente chez elle en Algérie. De toute façon, il n’y a plus de harraga depuis longtemps. Le pays est tellement paradisiaque qu’on s’attend à ce que leur flux se fasse à l’envers.

Les experts prédisent pour les années à venir une arrivée massive de harraga à partir des rives européennes de la Méditerranée. Le ministère des Anciens harraga, qui liquide les derniers dossiers, s’apprête à changer de mission puisqu’il va s’occuper de l’immigration clandestine de jeunes Européens chassés de chez eux par la crise, la malvie et le manque de démocratie. Juste le temps d’attente aux quelques feux à l’énergie solaire qui jalonnent mon parcours, je déboule au bureau. Je passe devant les guichets. Les quelques usagers matinaux qui ont des problèmes à régler avec l’administration qui m’emploie, dépendant elle-même du ministère des Anciens harraga, sont assis sagement dans la salle d’attente baignée dans le silence à peine strié par le feulement des pages des journaux qu’on tourne. Ils sont munis de jetons qui fixent leur ordre de passage. Tout le monde est proprement vêtu. Les gens que je rencontre dans les couloirs ont l’air de glisser sur la moquette.

Je transite par mon bureau où j’ai juste le temps de saluer la secrétaire déjà à pied d’œuvre, puis je file à la réunion quotidienne des chefs de bureau. Le dirlo, lui-même un ancien harrag repenti, plus matinal que tous les autres réunis, est dans les murs depuis belle lurette. Dans la salle de réunions, nous le découvrons, comme chaque jour, à la table ovale, un paquet de dossiers déjà épluchés sous le nez. Nous nous saluons brièvement les uns les autres et nous entamons le briefing qui ne doit pas excéder dix minutes. Nous échangeons les points de vue sur les dossiers équitablement maîtrisés par chacun des membres du staff et nous nous séparons pour rejoindre nos bureaux. A 8h40, la machine est déjà en branle. La matinée est intense, le travail avance dans l’harmonie et le calme.

A la pause déjeuner, je monte à la cantine. Un vrai resto, ce truc ! Des agents vêtus de blanc, les cheveux pris dans des bonnets en plastique et les mains dans des gants officient devant les bacs d’un self-service qui propose une nourriture appétissante et propre. Les employés de la boîte observent la chaîne dans la bonhomie, sourire aux lèvres, se racontant des histoires drôles. Des haut-parleurs invisibles diffusent une musique si douce qu’on croirait qu’elle fait partie de l’air qu’on respire. La table que viennent de quitter mes collègues est débarrassée en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire par des agents vigilants et véloces. Avec d’autres collègues, je prends possession d’une table presque neuve.
C’est à la cafétéria, devant un café que je prends au pied de la plante verte devant la baie vitrée qui donne sur la mer, que j’ai enfin le temps de feuilleter les journaux. La multitude de quotidiens lancés dans une compétition de qualité pose au lecteur un sérieux dilemme pour le choix de ses journaux. Pas le temps de cogiter sur ça que déjà il faut reprendre le turbin. J’aime bien le travail de l’après-midi. Les visiteurs étant partis, les bureaux sont encore plus calmes. Quand le gong de 17 heures retentit pour annoncer la fin de la journée de travail, je regrette de devoir partir. Le travail est si agréable, et la conscience de son utilité sociale le fait précieux. Les quelques courses qui m’attendent, je les fais d’un coup de volant. La circulation en ville est une partie de plaisir et j’arrive à me garer sans difficulté quasiment devant la vitrine de chacun des magasins que je cible.

Il me faut juste dix minutes pour que je sois de retour chez moi. On doit se préparer car après un léger, j’emmène les plus grands des enfants (18 et 20 ans) voir Sid- Ahmed Agoumi dans Le roi Lear de Shakespeare en tamazight sous-titrée en anglais au théâtre de Sidi-Yahya. Ça fait des mois que la pièce se joue à guichets fermés, et ayant eu la chance de dégotter des places, il n’est pas question de rater le spectacle. Sinon il faudra attendre que la tournée conduise la pièce au théâtre de Bachdjarrah où j’ai un abonnement.

Cette émergence de salles de théâtre nous la devons à un ministre de la Culture qui avait imposé, il y a quelques années, qu’il ne se construise désormais plus de ville ou même de quartier sans qu’ils soient dotés d’un théâtre, d’un cinéma, de librairies, de bibliothèques. Les règles strictes d’urbanisme et d’urbanité ont transformé nos villes en véritables joyaux qui n’ont plus rien à voir avec la hideur d’antan. Après le théâtre, nous avons décidé de prendre un encas sur le pouce quelque part au bord de la mer.

Les terrasses des paillotes sur la plage du Caroubier font rêver de voyages immobiles. Mais voyager pour quoi ? Nous sommes si bien ici. Je regarde la télé un peu, le soir avant de dormir, ça détend mes méninges. Pas besoin des paraboles et des couscoussiers d’autrefois. Les 23 chaînes que me propose ma zapette nationale couvrent un spectre de tous les goûts politiques, artistiques, culturels. Je n’ai que l’embarras du choix. J’appuie à tout hasard sur une des touches de la télécommande.

Je tombe sur la mine grise d’un journaliste de l’ENTV en train de réciter les résolutions du comité central du FLN en justifiant que Bouhara soit censuré. J’ai l’impression de rêver. La berlue ? Une hallucination qui fait ressurgir le passé ? Je tape vite fait sur une autre touche. Même tronche. Encore une troisième. Kif kif. Une voix off me dit alors : tu crois qu’on sort comme ça des cauchemars ?

Par Arezki Metref
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Un oignon dans le coffre-fort !


Par Hakim Laâlam  
Email : laalamh@yahoo.fr

Avis à la population. Une des souris utilisées dans les tests des lots de vaccins contre la grippe A s’est échappée de l’Institut Pasteur. Prière à toute personne qui la croiserait de la signaler aussitôt aux autorités. Elle est facilement reconnaissable.

5 pattes. 3 yeux. 2 queues.
Et un fort accent anglais !

Le projet est très avancé. D’ailleurs, peut-on encore parler de projet seulement ? Assurément, non ! Il s’agit d’un processus déjà en cours. L’achat et la réception des premiers lots ont eu lieu ce week-end. Et l’avantage avec cette marchandise-là, c’est qu’elle n’a pas besoin de passer par l’Institut Pasteur pour homologation. Elle est déjà chez les premiers marchands, bien contents de l’arborer sur leurs étals. Il s’agit de cloches en verre. Désormais, c’est sous ces cloches en verre que vos légumes et fruits seront exposés à votre vue, et à votre vue seulement. Dans un second temps, l’Algérie réceptionnera des systèmes d’alarme hypersophistiqués. Les mêmes que ceux utilisés dans les grands musées du monde. Ces alarmes seront couplées aux cloches en verre et se déclencheront automatiquement dès que l’une des cloches sera soulevée ou tout simplement bougée par des mains malveillantes. Ce dispositif déjà fort impressionnant déployé autour de «nos» fruits et légumes devrait très vite se voir doubler d’une couverture d’assurance conséquente. Alger attend d’ailleurs d’un instant à l’autre l’arrivée d’une délégation composée des plus grandes firmes d’assurance de la planète afin d’examiner avec elles, sur place, ici même, les devis qu’elles proposent pour assurer de manière convenable nos pommes de terre, nos navets, nos oignons et autres oranges. Les autorités réfléchissent en parallèle à un système de puces électroniques d’identification de chaque produit maraîcher. Un marquage des fruits, comme on marque les bovins. Plusieurs firmes internationales spécialisées dans l’identification électronique sont en course et devraient bientôt soumissionner. En plus de cette puce, certains fruits, ceux dont le prix dépasse l’entendement des plus robustes d’entre nous, seraient aussi équipés d’un bracelet électronique pouvant, le cas échéant, en cas de rapt, de kidnapping par exemple, aider les services de sécurité à localiser et à libérer les produits otages. Je n’ai pas encore le détail des autres mesures tendant à totalement sécuriser les marchés des fruits et légumes en Algérie. Mais ce dont je suis sûr, c’est que, bientôt, ces mêmes marchés feront pâlir de jalousie les bijouteries de la place Vendôme, à Paris. Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.

H. L. 


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La célébration de Noël vue par Canal Algérie

«Le chrétien est un mauvais païen, converti par un mauvais juif.»
Simone Weil

L’Algérie est-elle intolérante? C’est la question qu’on se pose en regardant le sujet de Sofia Choubane, le vétéran de l’équipe rédactionnelle de Canal Algérie, qui a réalisé un reportage sur la célébration de Noël en Algérie. Le sujet paraissait étonnant dans cet environnement actuel de chasse aux chrétiens en Algérie. Mais en regardant bien le sujet, on s’est rendu compte que le choix de la journaliste ou du rédacteur en chef de Canal Algérie était malintentionnée, voire vicieux. En fait, de toutes les églises qui existent en Algérie, Canal Algérie s’est intéressée à l’église et aux chrétiens de Blida. Pourquoi donc envoyer une équipe de la télévision à 50 km, le soir, juste pour assister et filmer la célébration annuelle des chrétiens dans cette région.

La réponse est que cette église est fréquentée seulement par des Noirs. Etudiants, employés, ou autres fréquentant cette église, sont en majorité des Noirs. Canal Algérie s’est intéressée à cette catégorie de chrétiens parce qu’ils ne sont sûrement pas Algériens. Filmer des Algériens chrétiens est encore tabou, voire passible de prison. Le cameraman a dû éviter de filmer de face les rares personnes blanches assises dans cette église. Même les personnes interviewées par Sofia Choubane sont des Noirs.

D’ailleurs, la présentatrice du journal du 19h de Canal Algérie, a présenté le sujet comme une fête célébrée par les étudiants africains vivant en Algérie, comme quoi il n’y a que les étudiants étrangers qui fêtent Noël en Algérie. C’est pour cette raison essentielle que la caméra de la télévision algérienne ne s’est pas déplacée dans les églises du centre de la capitale pour filmer la célébration de Noël à l’église du Sacré Coeur ou encore de Notre-Dame d’Afrique.

Car de nombreux Algériens de confession chrétiennes fréquentent encore ces lieux de culte. Quoi qu’il en soit, le sujet n’a pas été diffusé dans le JT de 20h. Ce qui démontre que le sujet a été réalisé juste pour les francophones ou les étrangers qui regardent Canal Algérie. En fait, on voulait prouver que le christianisme est fêté en Algérie contrairement à ce qu’on dit dans la presse.

Le JT de 20h en arabe s’est contenté de montrer avec ferveur, en revanche, que le président de l’Autorité palestinienne a assisté aux célébrations de la Fête de la Nativité, aux cotés des Palestiniens chrétiens. C’est toléré de montrer les chrétiens arabes, mais pas des chrétiens algériens. Par contre, l’Entv se permet de montrer l’ensemble des joueurs de l’Equipe nationale, récitant dans la ferveur la Fatiha dans les vestiaires après la victoire contre l’Egypte.

Une image, qui ressemble plus à celle des pratiquants dans une mosquée qu’un vestiaire de joueurs de football. Une image qui a choqué en tout cas le journaliste de Canal+, qui était présent dans les vestiaires et qui s’est rendu compte que tous les joueurs, même ceux vivant en Europe était de fervents pratiquants...

Amira SOLTANE
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Charités

C’est une tradition saine que de placer des fêtes aussi importantes à la fin de l’année. Je parle évidemment des fêtes à dates fixes comme le sont la Noël et le jour de l’An. D’abord cela permet aux écoliers (qui sont les premiers bénéficiaires de toutes les attentions) d’en profiter durant ces longues vacances scolaires que certains passeront au coin du feu ou sur les pistes enneigées pour ceux qui ont un papa exportateur d’euros. Alors quand l’Achoura se met de la partie, les salariés rejoignent le peloton des privilégiés puisque cela leur permet de faire un pont assez consistant qui leur donnera la fausse impression d’être logé à la même enseigne que leurs homologues d’en face.

A la différence qu’ici, la Noël ne se fête pas et que l’Achoura est célébrée d’une manière sporadique selon les régions. Autrefois, (j’utilise toujours cette formule pour parler de l’obscure période du colonialisme quand, à l’école du village, on nous enseignait l’histoire de France à coups de «nos ancêtres les Gaulois») cette fête (Noël) n’était perceptible dans notre petit village niché au pied de la montagne que par les deux semaines de congé qui nous étaient dispensées.

Les enseignants français la célébraient dans leur intimité familiale et ils évitaient de nous en parler pendant les cours, laïcité oblige. Durant la mauvaise saison d’ailleurs, les textes étudiés portaient pour la plupart sur les rigueurs de l’hiver. Et celui qui sévissait chez nous n’avait, en ce temps-là, rien à envier à celui du sud de l’Europe. Comme il n’y avait chez nous, aucune église pour nous carillonner l’annonce de la Nativité les missions catholique et protestante avaient chacune sa manière de procéder.

Si les pères blancs demeuraient assez réservés et se contentaient d’ouvrir «leur foyer» aux écoliers en manque de loisirs, foyers équipés de bibliothèque, de table de ping-pong, d’un tourne-disque et divers jeux de société, les soeurs blanches, par contre, se signalaient par leurs voix angéliques qui entonnaient des cantiques mélodieux qui transportaient les âmes des auditeurs. Le lendemain, elles procédaient à une distribution d’oranges aux enfants qui attendaient à leur porte.

Et les enfants ont toujours fait un rapprochement entre la couleur des oranges qui étaient sanguines et la couperose des joues de la religieuse désignée à la distribution. Le pasteur, protestant, homme d’une grande rigueur et d’un flegme tout britannique, recevait, lui, les enfants nécessiteux qui, par manque de loisirs, préféraient passer un après-midi à l’abri, au chaud, que de vagabonder dans les champs humides et trempés.

Ils recevaient après un bon cours sur certains épisodes de la vie du Christ, un goûter assez modeste composé d’un peu de pain, d’une barre de chocolat et d’une tranche d’Emmenthal (à l’époque on ne l’appelait pas encore fromage rouge puisqu’il était absent de l’épicerie du village où ne figurait que le fromage fondu en portions portant le label d’un sympathique bovidé!)

C’était un festin pour des enfants privés de tout, surtout que quelquefois, la femme du pasteur poussait la générosité jusqu’à servir un chocolat chaud. Il n’y avait point de cadeaux pour le ventre creux, sauf de temps en temps, un jouet, fabriqué sur les lieux-mêmes à l’occasion de travaux manuels dirigés par le pasteur.

Selim M’SILI
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Le mariage de raison

L’accord politique scellé entre Louisa Hanoune et Ouyahia est-il une alliance de circonstance dictée par un simple report des voix aux sénatoriales ou un mariage de raison plus solide entre deux partis qui ne partagent pas grand-chose ? Peut-être les deux. L’effet d’annonce d’un tel accord contre nature aurait été détonnant si l’Algérie n’était pas aussi aseptisée politiquement, au point que seules les déclarations aléatoires de Saâdane sur les défis des Verts suscitent quelques commentaires.

Et encore… Le fait est que la distance psychologique entre la performance et la médiocrité s’avère, finalement, si mince dans le discours du sélectionneur national. Cela vaut aussi en politique. Le fossé idéologique séparant l’extrême gauche du PT et ce qu’on pourrait qualifier de droite nationaliste du RND n’est pas aussi large qu’on le pensait. Cet accord vient nous rappeler qu’en Algérie, les frontières politiques sont tellement élastiques qu’elles peuvent rabibocher aujourd’hui les meilleurs ennemis d’hier.

Le RND de Ouyahia et le PT de Louisa Hanoune sont désormais liés pour le meilleur. Et certainement contre le pire. Le meilleur est qu’Ouyahia, qui traîne l’étiquette d’être le chantre du libéralisme à l’algérienne n’hésitant pas à adopter des mesures anti-sociales, dispose d’une bonne occasion de soigner son CV.

Louisa Hanoune et Sidi Saïd se chargeront de le populariser auprès des « masses laborieuses ». Ouyahia, un socialiste ? Au PT, on veut y croire. Et ça doit faire plaisir à « Si Ahmed ». Belkhadem, lui, refoule sa douleur débordante. Pour Louisa Hanoune, Ouyahia et son RND pourraient être le bon cheval pour mettre le deuxième pied à l’étrier.

Etant depuis 2003 à la périphérie du pouvoir en assumant un pacte de non-agression, Louisa Hanoune se paye un accord politique avec l’homme qui a toujours dénoncé son « populisme », parfois vertement. Mieux vaut, en effet, baiser la main qu’on ne peut mordre, dit l’adage. Oublier le passé si blessant semble être la nouvelle devise du Parti des travailleurs, qui veut achever sa mue en parti pièce maîtresse du système.

Comment peut-on croire une seconde que Ahmed Ouyahia a remisé ses convictions pour les beaux yeux de Louisa Hanoune et son parti ? Difficile en effet de ranger le RND et le PT dans le même tiroir idéologique. Le patriotisme économique prêté, à tort ou à raison, à Ouyahia dans l’élaboration de la loi de finances complémentaire ne peut expliquer ce rapprochement spectaculaire et inédit.

De par son extraction idéologique et son parcours politique, le PT est plus proche du FLN que du RND. Le parti de Belkhadem est-il en perte de vitesse chez les décideurs ? Les voies du système restent impénétrables. Faut-il rappeler aussi que le duo Temmar-Khelil qui empoisonne la vie à Mme Hanoune est dirigé par le même Ouyahia…

Il est, en tout état de cause, hasardeux d’expliquer comment le PT a « prouvé son indépendance » en signant avec le RND. Les « ennemis » peuvent être aussi très intimes, c’est là tout le « génie » de la politique en Algérie que cet accord bizarre décline.

Par Hassan Moali
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Prises en charge pour soins à l’étranger : un enjeu politique ?

Si une grande moudjahida a fait publiquement cas d’une insuffisance de prise en charge pour soins à l’étranger, un ex-ministre a diffusé, dans la presse, un encart publicitaire exprimant sa “gratitude” pour le “geste magnanime” du président de la République qui a permis son transfert dans “un centre hospitalier à l’étranger”.

Avant lui, d’autres personnalités, des artistes, notamment, ont eu à en faire autant. Même si, en la matière, il existe une procédure de décision de la Cnas, organisme statutairement chargé de répondre aux demandes de financement social des soins, le chef de l’État, ordonnateur suprême, peut certainement intervenir pour débloquer un cas qu’il juge urgent, prioritaire ou pour d’autres raisons.

On peut alors comprendre qu’un convalescent tienne à remercier celui qui a contribué, par ses prérogatives, à le soulager de son mal. Ce qui est moins compréhensible, c’est la publicité faite à ces remerciements. Dans la forme, le simple courrier constitue le moyen usuel pour communiquer avec les institutions. Il y a comme un malaise à voir quelqu’un qui a fait appel à l’argent de la solidarité sociale investir quelques millions de centimes pour une publicité, dont on ne sait plus si elle vise l’attention présidentielle ou le privilège d’avoir suscité cette attention.

C’est à se demander, en effet, si l’enjeu n’est pas plutôt d’associer, de manière ostensible, son nom, et son portrait parfois, à ceux du chef de l’État. Les auteurs de tels messages ont-ils pensé aux nombreux assurés sociaux qui ont épuisé les possibilités de soins locales et qui sont accrochés, parfois depuis des lustres, dans la souffrance, à l’espoir d’un avis favorable de la commission Cnas qui ne vient pas encore ?

Leur frustration serait à comprendre et à redouter car, enfin, les ressources de la Cnas sont constituées des cotisations mutualisées des travailleurs et constituent donc un fonds social, et non public, même si sa gestion est réglementée et supervisée par l’État. Plus politiquement, cette pratique répand la conviction que l’entière sécurité du citoyen n’est garantie qu’à celui qui trouve la voie pour attirer l’attention “des plus hautes autorités”, comme on dit par euphémisme.

D’où le recours inconsidéré à la “lettre ouverte au président de la République”. Cette conviction, une fois intériorisée, ôte toute solennité au contact avec les institutions de rang inférieur. Celles-ci en deviennent, dans l’imaginaire populaire, le recours du faible.

La personnalisation à outrance du pouvoir aboutit, ici, à une personnalisation, pas du pouvoir, mais du fonctionnement de l’État. Il n’est pas certain que Bouteflika monopolise le pouvoir total et, en tout cas, qu’il l’exerce sur tout, mais de cette perception, résulte une personnalisation de l’autorité : le recours n’est jamais fini tant qu’on n’a pas pu soumettre sa requête au Président, ou à la présidence, comme on le dit parfois par euphémisme, encore une fois.

Si cette culture procure sollicitation et popularité au premier responsable de l’État – et c’est peut-être pour cela qu’elle est encouragée –, elle sape la crédibilité de l’État comme système de vie institutionnelle réputé fonctionner sans considération personnelle, “sine ira et studio”. Et c’est ainsi que, par exemple, un enjeu de santé publique devient un enjeu politique.

Mustapha Hammouche
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