Chroniques et Actualités algériennes
Concentré d'actualité et de chroniques tout droit sortis du "four" : Algérie, ainsi qu'un revue de presse de l'actualité algérienne.
samedi 28 janvier 2012
jeudi 20 octobre 2011
Grande Mosquée d’Alger : La construction attribuée au groupe chinois CSCEC

Finalement, ce sont les Chinois qui construiront la Grande Mosquée d’Alger. Le projet a été confié au groupe public chinois CSCEC pour un montant total de 109 milliards de dinars, soit 1,03 milliard d’euros, et un délai de réalisation de 48 mois, a annoncé ce 19 octobre le ministère des Affaires religieuses et des Wakfs.
CSCEC était en concurrence avec deux groupements pour la réalisation de ce mégaprojet. Le groupement algéro‑espagnol constitué par Cosider (groupe public algérien), ETRHB (groupe privé algérien) et FCC Construction (groupe espagnol) a présenté une offre prévoyant la réalisation de la Grande Mosquée dans un délai de 44 mois pour 130 milliards de dinars (1,3 milliard d’euros). Un groupement italo‑libanais composé d’Astaldi (Italie) et ACC (Liban) a présenté une offre de 218 milliards de dinars (2,18 milliards d’euros) pour un délai de réalisation de 42 mois.
Comme nous l’écrivions la semaine dernière, le groupement algéro‑espagnol, malgré la présence de Cosider et ETRHB, suscitait quelques méfiances à cause de la situation économique en Espagne. Les experts algériens redoutaient une faillite du groupe FCC, ce qui aurait menacé le projet. « Ce groupe a la technologie pour réaliser la Grande Mosquée d’Alger. Il a réalisé des bâtiments en hauteur. Mais l’Espagne vit une crise économique d’envergure notamment dans l’immobilier. Cela représente un risque pour l’avenir de FCC Construction », ont expliqué nos sources. « Si FCC construction venait à être touché gravement par la crise espagnole, le projet de la Grande Mosquée risquerait d’en pâtir durablement. Les autorités ne veulent pas de ce scénario », ajoutent nos sources.
Le projet de la Grande Mosquée comprend 12 bâtiments indépendants, disposés sur un terrain d’environ 20 hectares avec une surface brute de plus de 400 000 m2, à Mohammadia à l’est de la capitale, en face de la baie d’Alger. Outre la mosquée et son esplanade, il est prévu dans le cadre du gigantesque ouvrage, la réalisation d’un minaret de 300 mètres de hauteur.
D’une capacité de 120 000 fidèles, la Grande Mosquée d’Alger sera dotée également d’une salle de conférences, d’un musée d’art et d’histoire islamiques, d’un centre de recherches sur l’histoire de l’Algérie, de locaux commerciaux et d’un restaurant. Elle compte aussi une Maison du Coran d’une capacité d’accueil de 300 places pédagogiques pour les étudiants en post‑graduation, un centre culturel islamique, un centre d’exposition, des bibliothèques, des salles dotées de moyens multimédias, des bâtiments administratifs, ainsi qu’un parking de 6 000 places et des espaces verts.
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Khalida Toumi dénonce l'absence d'espaces pour les artistes algériens en Europe
« Notre plus grand problème avec l’Union européenne est de ne pas trouver un espace, quel qu’il soit, pour les artistes algériens. Trouver un espace est de l’ordre de l’impossible », a déclaré, mardi soir, Khalida Toumi, en marge du vernissage d’une exposition de dix‑huit photographes algériens et européens, Alger : regards croisés, au Palais des Rais (Bastion 23) à Alger. Elle a regretté que même les salles d’expositions des édifices publics abritant les institutions de l’Union européenne à Bruxelles et Strasbourg ne soient pas ouvertes aux animateurs de la vie culturelle algérienne.« Je ne polémique pas. Mais, je peux dire qu’il est plus facile de trouver des espaces pour la culture algérienne aux États‑Unis », a‑t‑elle précisé. Elle a cité l’exemple du Moma (Musée de l’art moderne de New York) où a été reçue dernièrement une délégation de l’Agence algérienne de rayonnement culturel (AARC).
« Si on nous donne des espaces, on fait rayonner la culture algérienne en Europe. C’est un grave problème pour l’Algérie », a‑t‑elle insisté, rejetant l’idée d’un boycott systématique des artistes algériens. « Nous payons nos artistes. Nous prenons en charge leurs frais de voyage. Tout ce qu’on demande est d’avoir des espaces. C’est bien de parler de dialogue. Mais, on ne peut pas dialoguer dans l’abstrait. Il faut des projets concrets. Il n’y a pas mieux que la culture. Je ne pense pas qu’il y ait un dialogue Nord‑Sud. Il n’a pas encore eu lieu. Toute la question est de savoir pourquoi », a‑t‑elle ajouté.
A l’ouverture de l’exposition, Laura Baeza, chef de la délégation de l’Union européenne à Alger, a pourtant appelé à renforcer le dialogue entre l’Algérie et l’Europe. « Notre ambition est que notre regard puisse non seulement se croiser mais se rencontrer, pour mieux nous voir, nous comprendre, nous accepter avec nos différences. Ces regards qui se croisent au‑delà de la méditerranée sont autant de barrières qui s’effondrent et de ponts qui se construisent entre nous afin de mettre à disposition des uns et des autres nos richesses », a‑t‑elle déclaré.
Elle a évoqué la possibilité de présenter l’exposition Alger : regards croisés à Bruxelles en 2012 pour que l’Union européenne participe à la célébration du cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie. A ce propos, Khalida Toumi a révélé que plusieurs projets culturels sont en préparation pour être au rendez‑vous l’année prochaine.
Elle a évoqué la possibilité de présenter l’exposition Alger : regards croisés à Bruxelles en 2012 pour que l’Union européenne participe à la célébration du cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie. A ce propos, Khalida Toumi a révélé que plusieurs projets culturels sont en préparation pour être au rendez‑vous l’année prochaine.
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lundi 17 octobre 2011
Le 50 ans du massacre du 17 octobre 1961 à Paris
Il y a 50 ans, le 17 octobre 1961, au moins 150 algériens ont été tués à Paris au cours d’une manifestation violemment réprimée par la police. Une manifestation pour leur rendre hommage est organisée ce lundi, au départ du Grand Rex, dans le 2ème arrondissement.
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Labaraka incroyable des New Redresseurs !
FLN. Encore un coup dur pour Belkhadem. La défection
de 5 parmi ses plus fidèles …
L’ENTV, organe par essence et par définition anti-tech’wich, était la première dès l’aube postée dans le quartier de Draria à guetter le moindre son sortant de la bouche de Goudjil, le plus petit battement de cils de Kara ou le plus infime signe du double menton de Boukerzaza. On m’a même raconté, sous le couvert troué de l’anonymat, qu’un temps, les responsables de la télévision avaient pensé à retransmettre le JT de 13 heures, en direct, à partir de la salle des fêtes où se tenait la réunion des redresseurs, avant qu’une «Voix», la Voix, The Voice ne les en dissuade en vertu du principe du «qui trop embrasse mal étreint».
Les anti-Belkhadem ont même bénéficié du meilleur des services d’ordre du pays sans débourser un sou, celui des forces combinées, police-gendarmerie. Ma source, décidément très en veine de confidences, m’a aussi raconté qu’au plan de la logistique, de véritables prouesses ont été accomplies dans un pays où la bureaucratie paralyse pourtant toute célérité dans l’action. Ainsi, chaque participant au rassemblement dissident du FLN s’est vu doté en un temps record non pas d’un, non pas de deux, mais de trois badges d’identification qu’il devait présenter à trois barrages de vigiles, eux-mêmes surveillés par quatre rangées de flics et de pandores.
Même lorsque le président de la République se déplace en personne à la finale de la Coupe d’Algérie de foot, au stade du 5-Juillet, le dispositif est moins lourd !
Mieux encore ! A un vieux du Front, un notable connu et reconnu pour son passé calcifié dans les rangs stratifiés du FLN et qui se plaignait que la chaise mise à sa disposition dans la salle des fêtes soit trop dur pour son vénérable fessier, une main, sortie d’on ne sait où, surgie de la pénombre lui a aussitôt offert un fauteuil rembourré cuir, avec repose-pieds à commandes électriques et muni de coussinets chauffants diffusant dans le même temps chaleur et antalgiques. Pour vous dire, et juste à titre d’exemple, pour vous faire une idée, bark : à l’APN, l’Assemblée nationale, un lieu où l’on s’y connaît quand même en matière de fauteuils confortables, les députés militent depuis des décennies pour avoir les mêmes sièges que ceux de Draria, en vain !
Non ! Assurément, les Taleb qui bénissent le mouvement de redressement contre l’Empastillé sont forts, très forts. Leurs pouvoirs semblent immenses. Dont un, principalement. Savoir écouter et obéir à la Voix. The Voice ! Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
Par Hakim Laâlam
de 5 parmi ses plus fidèles …
…dobermans !
Il faut croire que les adversaires de Belkhadem ont une baraka d’enfer ! Les redresseurs, parmi eux plusieurs ministres en poste, sont vernis. Jamais mouvement de dissidence en Algérie n’aura connu autant de vents favorables. Un véritable anticyclone à disposition ! La justice, d’habitude si prompte à s’autosaisir pour déclarer, sans que personne ne le lui demande, une grève illégale ou un redressement anticonstitutionnel, fait preuve d’un silence plombé et plombant dans le cas de la fronde contre l’Empastillé.L’ENTV, organe par essence et par définition anti-tech’wich, était la première dès l’aube postée dans le quartier de Draria à guetter le moindre son sortant de la bouche de Goudjil, le plus petit battement de cils de Kara ou le plus infime signe du double menton de Boukerzaza. On m’a même raconté, sous le couvert troué de l’anonymat, qu’un temps, les responsables de la télévision avaient pensé à retransmettre le JT de 13 heures, en direct, à partir de la salle des fêtes où se tenait la réunion des redresseurs, avant qu’une «Voix», la Voix, The Voice ne les en dissuade en vertu du principe du «qui trop embrasse mal étreint».
Les anti-Belkhadem ont même bénéficié du meilleur des services d’ordre du pays sans débourser un sou, celui des forces combinées, police-gendarmerie. Ma source, décidément très en veine de confidences, m’a aussi raconté qu’au plan de la logistique, de véritables prouesses ont été accomplies dans un pays où la bureaucratie paralyse pourtant toute célérité dans l’action. Ainsi, chaque participant au rassemblement dissident du FLN s’est vu doté en un temps record non pas d’un, non pas de deux, mais de trois badges d’identification qu’il devait présenter à trois barrages de vigiles, eux-mêmes surveillés par quatre rangées de flics et de pandores.
Même lorsque le président de la République se déplace en personne à la finale de la Coupe d’Algérie de foot, au stade du 5-Juillet, le dispositif est moins lourd !
Mieux encore ! A un vieux du Front, un notable connu et reconnu pour son passé calcifié dans les rangs stratifiés du FLN et qui se plaignait que la chaise mise à sa disposition dans la salle des fêtes soit trop dur pour son vénérable fessier, une main, sortie d’on ne sait où, surgie de la pénombre lui a aussitôt offert un fauteuil rembourré cuir, avec repose-pieds à commandes électriques et muni de coussinets chauffants diffusant dans le même temps chaleur et antalgiques. Pour vous dire, et juste à titre d’exemple, pour vous faire une idée, bark : à l’APN, l’Assemblée nationale, un lieu où l’on s’y connaît quand même en matière de fauteuils confortables, les députés militent depuis des décennies pour avoir les mêmes sièges que ceux de Draria, en vain !
Non ! Assurément, les Taleb qui bénissent le mouvement de redressement contre l’Empastillé sont forts, très forts. Leurs pouvoirs semblent immenses. Dont un, principalement. Savoir écouter et obéir à la Voix. The Voice ! Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
Par Hakim Laâlam
Le 26e «martyr» du 9 octobre
Depuis des décennies, les Egyptiens jouent à se faire peur, mais le dimanche 9 octobre la peur a tourné à l'épouvante. Oui, les Egyptiens pieux, modérés, avec une intelligentsia éclairée se dressant en rempart contre tous les obscurantistes ont joué avec le feu. Et il n'est pas sûr que les tentations pyromanes soient en voie d'extinction, au vu des évènements qui ont suivi. Ce fatidique dimanche 9 octobre 2011, donc, des milliers de Coptes se rassemblent devant l'immeuble Maspéro, siège de la très décriée télévision publique égyptienne.
Baptisé «Jour de la colère copte», ce rassemblement avait été organisé à la suite de la destruction d'une église en construction à Edfou, près d'Assouan. En Egypte, lorsqu'une église ou un mausolée copte sont attaqués, il ne faut pas demander qui en est responsable, puisque les prédateurs agissent à visage découvert et barbu. Que s'est-il réellement passé ce dimanche 9 octobre devant le siège de la télévision égyptienne ? Les Coptes qui ont eu 24 tués, sur les 25 victimes dénombrées, dénoncent la répression brutale de la manifestation par la police militaire. Ils affirment que nombre des leurs ont été tués par balle ou sont morts écrasés par des véhicules militaires. Lors d'une conférence de presse, au lendemain de la tragédie, des responsables militaires se défendent : les armes des soldats assignés à la défense de l'immeuble de la télévision n'étaient pas chargées à balles réelles (!). Après les morts noyés par balle du sinistre Papon(1), va-ton nous apprendre que des manifestants coptes se sont entre-tués sous les yeux effarés de militaires, munis seulement de balles à blanc ? Alors, qui a tiré ? Pour les militaires et les officiels égyptiens, il n'y a aucun doute que des éléments armés étaient au milieu des manifestants. Ce sont ces éléments qui seraient responsables de la tuerie, et ils auraient tiré à la fois sur les Coptes et sur les soldats égyptiens.
Parmi ces derniers, le seul mort identifié est celui qui a été isolé de ses camarades et lynché par la foule déchaînée. On voit d'ailleurs sur les images diffusées en boucle un religieux copte violemment frappé alors qu'il tentait de protéger un soldat. Ces images ont été abondamment utilisées par la télévision égyptienne, qui a, par moments, lancé de véritables appels à l'affrontement intercommunautaire. Quant aux victimes écrasées, ce n'est pas dans la tradition de l'armée égyptienne, qui vient de célébrer la Victoire d'octobre, d'utiliser des véhicules pour écraser des gens. Pourtant, des chaînes de télévision ont montré des transporteurs de troupes fonçant directement sur des groupes de jeunes, avec l'intention de faire des victimes.
Qui conduisait ces engins militaires ? Comment se fait-il que des dizaines de soldats, assignés à la protection d'une institution publique et stratégique, comme l'immeuble de la télévision, ne soient pas équipés de balles réelles ? Des questions auxquelles ont fait écho d'autres dérapages verbaux et des initiatives tout aussi maladroites et intempestives. Certes, Al-Azhar et les dignitaires musulmans ont fait leur «meaculpa » et reconnu les torts dont sont victimes les Coptes, mais le gouvernement, et le Haut Conseil militaire dans tout ça ? D'abord, et comme par réflexe conditionné, on a crié au complot étranger, aux périls qui guettaient l'unité nationale, en suggérant que le pays pouvait être fragilisé par les revendications coptes.
Or, la majorité des Coptes n'aspirent qu'à une seule chose, être traités sur un pied d'égalité avec leurs concitoyens musulmans, ce qui n'est pas le cas. Il ne faut pas oublier qu'en dépit du soutien de leur hiérarchie religieuse à Moubarak, les Coptes ont pris une part active à la révolution à sa chute. Toutefois, après la victoire de la «Révolution», et l'éviction de celui qui incarnait le régime, sans en être la pièce maîtresse, ils ont dû déchanter. Jamais, auparavant la fureur islamiste ne s'était autant déchaînée contre la minorité copte, s'attaquant à ses symboles et à ses lieux de culte. Ce n'est qu'après la tragédie du 9 octobre que les Egyptiens ont pris conscience qu'ils avaient atteint un point de rupture. Dans un premier temps, les responsables ont annoncé l'entrée prochaine en application de la loi sur la construction des édifices religieux.
Celle-ci était supposée supprimer l'essentiel des obstacles qui s'opposaient à la construction de ses propres églises par la communauté copte. Ça ne réglait pas le problème des inégalités criantes entre musulmans et chrétiens(2), mais c'était déjà un pas en avant. Puis, les responsables égyptiens ont fait deux pas en arrière en donnant le feu vert à l'exécution(3), lundi 10 octobre au lendemain de la «Tragédie Maspéro», de Hammam El-Kammoumi, l'auteur de la tuerie de Nag Hammadi. Dans la nuit du 7 janvier 2010, El-Kammoumi avait mitraillé des fidèles qui venaient de sortir d'une église où ils avaient célébré le Noël copte, à Nag Hammadi en Haute-Egypte. Il y avait eu huit morts, dont un policier musulman qui montait la garde près de l'édifice religieux. Le meurtrier avait été condamné à mort, alors que ses deux complices et probables incitateurs avaient été acquittés.
La décision de l'exécution et le choix de la date, jugées inopportunes par la plupart des commentateurs égyptiens, ont failli remettre en marche la machine infernale. Les musulmans, ont estimé, en effet, que Hammam El- Kammoumi, de son vrai nom Ahmed Hussein Mohamed, avait été exécuté pour calmer l'ire des Coptes. Saisissant ce prétexte, les habitants musulmans de Nag Hammadi ont accueilli la dépouille du meurtrier comme s'il s'agissait de celle d'un héros. Le 26e martyr, en somme, des évènements sanglants du lieu-dit Maspéro. Ils ont été des centaines à suivre l'enterrement du supplicié, en entonnant à pleins poumons la Chahada, l'index levé vers le ciel.
Depuis, la vidéo de cet enterrement a été diffusée sur Daily-Motion, et elle est reprise par tous les sites d'information coptes sur internet. Pendant ce temps, et avec les élections de la semaine prochaine en toile de fond, les télévisions égyptiennes manifestent leur soulagement d'avoir échappé au pire, par des chansons. L'une d'elles chante la joie d'être éveillé au petit matin par l'appel du muezzin et le carillon des cloches de l'église. Si la musique est juste, les paroles le sont un peu moins, la vérité est sans aucun doute dans les images de ces funérailles dantesques à Nag Hammadi.
Par Ahmed Halli
(1) Selon les derniers témoignages relatifs aux manifestations du 17 Octobre 1961 à Paris, c'est notre propre gouvernement qui a mis les premiers scellés sur la commémoration de ces évènements. Les maîtres du pays, issus du «Groupe d'Oujda», ne voulaient pas que la Fédération de France, qui s'était rangée aux côtés du GPRA, lors de la crise de l'été 1962, en recueille les lauriers.
(2) Les Coptes se plaignent notamment des discriminations qu'ils rencontrent en matière d'accession aux hauts emplois de l'Etat. De plus, l'article 2 de la Constitution qui proclame l'Islam comme religion de l'État égyptien leur interdit tout espoir d'accéder à la magistrature suprême.
(3) En Égypte, toute mise à mort par pendaison d'un condamné est subordonnée à l'avis préalable du mufti de la République qui donne l'ultime feu vert à l'exécution de la sentence.
Baptisé «Jour de la colère copte», ce rassemblement avait été organisé à la suite de la destruction d'une église en construction à Edfou, près d'Assouan. En Egypte, lorsqu'une église ou un mausolée copte sont attaqués, il ne faut pas demander qui en est responsable, puisque les prédateurs agissent à visage découvert et barbu. Que s'est-il réellement passé ce dimanche 9 octobre devant le siège de la télévision égyptienne ? Les Coptes qui ont eu 24 tués, sur les 25 victimes dénombrées, dénoncent la répression brutale de la manifestation par la police militaire. Ils affirment que nombre des leurs ont été tués par balle ou sont morts écrasés par des véhicules militaires. Lors d'une conférence de presse, au lendemain de la tragédie, des responsables militaires se défendent : les armes des soldats assignés à la défense de l'immeuble de la télévision n'étaient pas chargées à balles réelles (!). Après les morts noyés par balle du sinistre Papon(1), va-ton nous apprendre que des manifestants coptes se sont entre-tués sous les yeux effarés de militaires, munis seulement de balles à blanc ? Alors, qui a tiré ? Pour les militaires et les officiels égyptiens, il n'y a aucun doute que des éléments armés étaient au milieu des manifestants. Ce sont ces éléments qui seraient responsables de la tuerie, et ils auraient tiré à la fois sur les Coptes et sur les soldats égyptiens.
Parmi ces derniers, le seul mort identifié est celui qui a été isolé de ses camarades et lynché par la foule déchaînée. On voit d'ailleurs sur les images diffusées en boucle un religieux copte violemment frappé alors qu'il tentait de protéger un soldat. Ces images ont été abondamment utilisées par la télévision égyptienne, qui a, par moments, lancé de véritables appels à l'affrontement intercommunautaire. Quant aux victimes écrasées, ce n'est pas dans la tradition de l'armée égyptienne, qui vient de célébrer la Victoire d'octobre, d'utiliser des véhicules pour écraser des gens. Pourtant, des chaînes de télévision ont montré des transporteurs de troupes fonçant directement sur des groupes de jeunes, avec l'intention de faire des victimes.
Qui conduisait ces engins militaires ? Comment se fait-il que des dizaines de soldats, assignés à la protection d'une institution publique et stratégique, comme l'immeuble de la télévision, ne soient pas équipés de balles réelles ? Des questions auxquelles ont fait écho d'autres dérapages verbaux et des initiatives tout aussi maladroites et intempestives. Certes, Al-Azhar et les dignitaires musulmans ont fait leur «meaculpa » et reconnu les torts dont sont victimes les Coptes, mais le gouvernement, et le Haut Conseil militaire dans tout ça ? D'abord, et comme par réflexe conditionné, on a crié au complot étranger, aux périls qui guettaient l'unité nationale, en suggérant que le pays pouvait être fragilisé par les revendications coptes.
Or, la majorité des Coptes n'aspirent qu'à une seule chose, être traités sur un pied d'égalité avec leurs concitoyens musulmans, ce qui n'est pas le cas. Il ne faut pas oublier qu'en dépit du soutien de leur hiérarchie religieuse à Moubarak, les Coptes ont pris une part active à la révolution à sa chute. Toutefois, après la victoire de la «Révolution», et l'éviction de celui qui incarnait le régime, sans en être la pièce maîtresse, ils ont dû déchanter. Jamais, auparavant la fureur islamiste ne s'était autant déchaînée contre la minorité copte, s'attaquant à ses symboles et à ses lieux de culte. Ce n'est qu'après la tragédie du 9 octobre que les Egyptiens ont pris conscience qu'ils avaient atteint un point de rupture. Dans un premier temps, les responsables ont annoncé l'entrée prochaine en application de la loi sur la construction des édifices religieux.
Celle-ci était supposée supprimer l'essentiel des obstacles qui s'opposaient à la construction de ses propres églises par la communauté copte. Ça ne réglait pas le problème des inégalités criantes entre musulmans et chrétiens(2), mais c'était déjà un pas en avant. Puis, les responsables égyptiens ont fait deux pas en arrière en donnant le feu vert à l'exécution(3), lundi 10 octobre au lendemain de la «Tragédie Maspéro», de Hammam El-Kammoumi, l'auteur de la tuerie de Nag Hammadi. Dans la nuit du 7 janvier 2010, El-Kammoumi avait mitraillé des fidèles qui venaient de sortir d'une église où ils avaient célébré le Noël copte, à Nag Hammadi en Haute-Egypte. Il y avait eu huit morts, dont un policier musulman qui montait la garde près de l'édifice religieux. Le meurtrier avait été condamné à mort, alors que ses deux complices et probables incitateurs avaient été acquittés.
La décision de l'exécution et le choix de la date, jugées inopportunes par la plupart des commentateurs égyptiens, ont failli remettre en marche la machine infernale. Les musulmans, ont estimé, en effet, que Hammam El- Kammoumi, de son vrai nom Ahmed Hussein Mohamed, avait été exécuté pour calmer l'ire des Coptes. Saisissant ce prétexte, les habitants musulmans de Nag Hammadi ont accueilli la dépouille du meurtrier comme s'il s'agissait de celle d'un héros. Le 26e martyr, en somme, des évènements sanglants du lieu-dit Maspéro. Ils ont été des centaines à suivre l'enterrement du supplicié, en entonnant à pleins poumons la Chahada, l'index levé vers le ciel.
Depuis, la vidéo de cet enterrement a été diffusée sur Daily-Motion, et elle est reprise par tous les sites d'information coptes sur internet. Pendant ce temps, et avec les élections de la semaine prochaine en toile de fond, les télévisions égyptiennes manifestent leur soulagement d'avoir échappé au pire, par des chansons. L'une d'elles chante la joie d'être éveillé au petit matin par l'appel du muezzin et le carillon des cloches de l'église. Si la musique est juste, les paroles le sont un peu moins, la vérité est sans aucun doute dans les images de ces funérailles dantesques à Nag Hammadi.
Par Ahmed Halli
(1) Selon les derniers témoignages relatifs aux manifestations du 17 Octobre 1961 à Paris, c'est notre propre gouvernement qui a mis les premiers scellés sur la commémoration de ces évènements. Les maîtres du pays, issus du «Groupe d'Oujda», ne voulaient pas que la Fédération de France, qui s'était rangée aux côtés du GPRA, lors de la crise de l'été 1962, en recueille les lauriers.
(2) Les Coptes se plaignent notamment des discriminations qu'ils rencontrent en matière d'accession aux hauts emplois de l'Etat. De plus, l'article 2 de la Constitution qui proclame l'Islam comme religion de l'État égyptien leur interdit tout espoir d'accéder à la magistrature suprême.
(3) En Égypte, toute mise à mort par pendaison d'un condamné est subordonnée à l'avis préalable du mufti de la République qui donne l'ultime feu vert à l'exécution de la sentence.
La part de l’école, de la famille et de la rue
«L’école finit à la porte qui donne sur la rue. La famille s’arrête à la porte de la maison. La rue est, dans l’éducation, le troisième facteur puissant, et nous ne savons rien de la rue.»
(Angelo Patri)
Cette remarque du directeur d’école et pédagogue Patri, disciple de Dewey, est l’expression d’une observation. Elle équivaut à l’affirmation de l’existence de trois facteurs dans l’éducation : l’école, la famille, la rue.
L’école et la famille
«La famille sera toujours la base des sociétés et le noyau de la civilisation.»
(Honoré de Balzac)
L’école n’est que le second milieu du jeune enfant ; elle prend le relais ou plutôt complète l’éducation sociale et culturelle reçue dans la famille. En effet, dans la cellule familiale, on transmet des ensembles d’idées, des manières de penser, de sentir et d’être, des attitudes que l’on peut appeler le contenu culturel de la famille. Mais la famille est bien plus qu’un véhicule de culture. Elle sélectionne, interprète et évalue ce qu’elle transmet. Pour chaque chose, pour chaque action, elle propose à ses enfants une échelle de valeurs, un système de normes dont ils seront profondément et parfois inconsciemment imprégnés. La famille, c’est un creuset où se forge la personnalité. Sur le plan strictement scolaire, on s’aperçoit que la bonne ou la mauvaise disposition de l’enfant à l’égard de l’école ou de la matière scolaire est fonction du climat familial. L’enfant est bien modelé culturellement et effectivement par sa famille. Malgré la forte influence éducative qu’elle exerce sur lui, l’école n’est pas prioritaire ; c’est la famille qui reste, en dépit de tout, le point de départ et le générateur essentiel en matière d’éducation durant la première enfance et une partie de la seconde. L’enfant y apprend à parler, y contracte de bonnes et de mauvaises habitudes, joue, imite. Tous les membres de la famille apportent leur contribution, souvent contradictoire, à cette éducation. L’enfant se trouve ainsi soumis, pendant plusieurs années, à une action toute empirique dont la valeur est fonction du milieu : rural, urbain, aisé, besogneux. En effet, le niveau culturel de la famille conditionne l’adaptation à l’école. Du fait que notre petit homme y vit ses premières années, que son équilibre affectif s’y prépare, que ses premières expériences culturelles et sociales s’y effectuent, l’influence de la famille est décisive et déterminante. Et ce n’est pas exclusivement le climat des premières années qui conditionne l’accès à la scolarisation. A chacune de ses étapes, celle-ci peut être améliorée ou compromise si le climat se modifie. On peut en conclure que le milieu familial et le milieu scolaire sont loin de s’opposer et de varier en sens inverse. Ces deux influences varient dans le même sens et l’une ne peut grandir au détriment de l’autre.
L’école et l’enfant
«Celui qui ouvre une porte de l’école, ferme une prison.»
(Victor Hugo)
Aux alentours de six ans, s’ouvre une grande période dans l’existence de l’enfant : l’entrée à la grande école qui va le doter d’un second milieu et lui donner déjà un statut social : il n’est plus seulement un enfant, il est écolier. Et à compter du jour où l’enfant entre en classe, la famille se considère déchargée de cette responsabilité au profit de l’école. Celle-ci a alors la conviction que son action, toute rationnelle, est la seule efficace : c’est pourquoi elle s’efforce de ne rien négliger et vise à la fois l’éducation physique, l’éducation intellectuelle et l’éducation morale, ce qui n’empêche pas la famille de continuer, par le fait seul qu’elle existe, son action empirique. L’enfant, à l’école, fait donc connaissance du travail, source pour lui de joie et de fierté, confirmation de sa valeur et de son pouvoir par l’œuvre objective qui en résulte. Notre petit être entre en société avec ses pairs, il fait partie d’un groupe où il sera l’égal de ses partenaires en âge, en possibilités physiques et mentales. Notre écolier recherche encore l’affection de l’adulte extérieur au cadre familial, travaille aussi «pour son maître ou sa maîtresse». Cet aspect affectif de la besogne est très important. Il se dépense pour faire plaisir à son instituteur, pour être distingué par lui ou parce qu’il est passionnant et sait rendre vivant un enseignement ardu. Le travail est contraire à la mentalité du petit homme. Il lui impose d’abord une double discipline : la discipline de l’ordre et celle de l’effort, et cela pour des heures entières qui se répètent chaque jour pendant des mois. C’est pour lui un apprentissage difficile, une contrainte véritable qui se paye par bien des explosions à la sortie de la classe, exubérance, bagarres, pleurs… L’école est un milieu où le petit bonhomme doit se tailler lui-même sa place au soleil, sans bénéficier de préjugé favorable de l’amour parental. Mais il doit tenir compte de l’autorité nouvelle du maître ou de la maîtresse ; il sait aussi que le travail scolaire avec tout ce que cela comporte d’efforts, de lassitude et de joies peut seul lui permettre d’accéder à l’état d’adulte. Il a envie de devenir «un grand», de réaliser son vieux rêve d’être aussi fort et aussi savant que l’adulte. Ce désir reste un excellent stimulant pendant toute sa scolarité d’enfant, puis d’adolescent. La découverte de ses possibilités intellectuelles et d’une vie sociale riche en expériences, alliée à son désir d’être grand, lui fait oublier ses désespoirs, ses difficultés et ses rancunes vis-à-vis du milieu scolaire.
L’enfant et la rue
«L’éducation d’un peuple se juge avant tout dans la rue.»
(Emonda de Amicis)
Dans ce monde où certains affirment que l’école est dans la rue, où l’enfant comme ses aînés est assailli par mille bruits et par mille images, notre élève n’a plus rien de commun avec l’école type que l’on persiste à considérer. Or, ni l’action de l’école ni celle de la famille ne sont exclusives. En pédagogie comme l’a dit Dugas, «il y a ce qui se voit et ce qui ne se voit pas, et ce qui ne se voit pas est généralement bien plus important que ce qui se voit. Ce qui se voit, c’est l’action de l’école et de la famille ; ce qui ne se voit pas, c’est le réseau d’influences qui enveloppe l’enfant de toutes parts, les exemples qu’il a sous les yeux, les sentiments qu’il devine, les mœurs dont il s’imprègne, les habitudes qu’il contracte, les paroles qu’il entend». Nous sommes plongés dans un flux de tohu-bohu et de paroles. C’est un fond sonore d’où émergent paroles, propos, discours écoutés, reçus (plutôt qu’accueillis) d’une oreille distraite, mais qui cependant forment et déforment le goût. En présence de la masse énorme d’informations au sens général et au sens cybernétique du terme qu’il reçoit chaque jour, il se forme de manière différente. Dans nos villes et villages, les enfants, surtout ceux des travailleurs, sont livrés à eux-mêmes et, au sortir de l’école, c’est la rue qui les prend, avec la circulation intense des voitures et des bus, ses affiches de publicité, ses trottoirs squattés par les marchands ambulants, la foule dense des passants, ses incidents, sa vie qui n’est pas toujours édifiante : manifestations, répressions, violences physiques et verbales, agressions, blasphèmes, vols… Des milliers de mineurs sont victimes de sévices en tous genres et une centaine de kidnappings d’enfants sont à déplorer chaque année ( Quotidien d’Orandu 28.7.2011). Aujourd’hui, les parents, les enseignants, les écoliers appréhendent tout ça. Tous ces abus sont dangereux et nocifs. A la sortie des classes, certains élèves, par nécessité, vont se mêler aux marchands dans les marchés pour vendre du persil, des œufs, de la galette, des sachets, des légumes… ; d’autres sécheront les cours pour aller, çà et là, glaner quelques ressources.
Une école parallèle
Il y a ainsi véritablement une école parallèle dont l’importance et l’influence ne cessent de croître, et que la plus grande erreur pédagogique serait d’ignorer ou de rejeter. Le rôle de l’école est de donner aux élèves un cadre de connaissances et une capacité de jugement qui leur permettent de situer, d’interpréter et de mettre en ordre les informations disparates, qui les assaillent de toutes parts. Pourtant, informer n’est pas former et le but de l’école demeure de former l’enfant. L’élève se définit, se justifie, puis se réalise. Cette pédagogie du discernement ou tout simplement du choix, dès la maternelle, s’applique d’abord à l’écolier. Les activités d’éveil y trouvent tout naturellement leur place, puis à travers lui et au-delà de lui à l’adulte. «Agressé, conditionné, trop souvent dupé et finalement désabusé et désorienté, ce qui le conduit à s’isoler psychologiquement et intellectuellement, faute de “saisir” un univers (même quotidien) qui n’est ni à sa mesure ni à sa portée. Une des tâches prioritaires de l’enseignant se trouve d’emblée définie : elle consiste à donner à l’enfant ce qui lui permettra de “saisir son univers”, présent comme futur et cela grâce aux procédés et aux méthodes de cette pédagogie, gage d’une adaptation permanente qui le conduira à l’essentiel, en passant par l’observation, la découverte et la réflexion, d’abord en éliminant l’exagéré ou le superflu, puis en allant directement à l’indispensable, en le cernant, en l’analysant presque d’instinct, il en tire alors un épanouissement progressif et équilibré de son sens critique et plus généralement de sa personnalité.» Les matières d’éveil ne devront pas faire l’objet d’un enseignement purement magistral ni d’une mémorisation systématique et imposée ; elles seront une source d’intérêt, une réserve de thèmes dans laquelle on puisera pour motiver les activités dirigées, des enquêtes, des recherches individuelles ou collectives. L’enfant apprendra en même temps à regarder, à soutenir son attention, à se former par lui-même une représentation mentale ordonnée des faits et des choses.
Comment assurer la prépondérance à l’école ?
Pour assurer la prépondérance à l’école, il faut :
- faire rendre son maximum à l’action éducative de l’école en donnant aux enfants l’habitude de la pensée libre et le goût du travail ;
- amener la famille à apporter son appui à l’école et œuvrer dans le même sens (fêtes scolaires, réunions, associations de parents) ;
- soustraire les enfants à la rue en les confiant après la classe à des œuvres périscolaires (activités sportives, artistiques), maisons de jeunes, scouts…
L’enfant, si l’on n’ y prend pas garde, risque de se trouver écartelé dans les remous de la société adulte. En effet, considérons que l’«agressivité» et le conditionnement de l’univers «adulte» atteignent nos élèves (et les ont déjà atteints) par imprégnation inconsciente. «C’est par une véritable endosmose qu’agissent ces influences muettes !» Il est nécessaire de les «armer» très tôt aussi bien en leur donnant les moyens de s’exprimer et de communiquer qu’en révélant, en exerçant et en affirmant progressivement l’acuité des sens dont la nature les a pourvus pour découvrir, observer, toucher, puis connaître, évaluer et comprendre les êtres et les choses qui les entourent et constituent les innombrables éléments divers et complexes du monde où se déroulera leur vie d’hommes. Toute l’astuce pédagogique, tout l’art des éducateurs, toute cette conception nouvelle de l’éducation tiennent dans le contact permanent avec la réalité, la responsabilité des choses et des connaissances : apprendre à faire des synthèses, distinguer ce qui est superficiel, apprendre aux adolescents à ne pas retenir seulement les impressions fugitives, mais à réfléchir, à approfondir Il revient donc à l’école de jouer à la fois un rôle de protection et de préparation à la vie. Mais il appartient à chacun, Etat, parents, éducateurs d’en tirer les conclusions pour son propre compte. Car toute éducation est le reflet d’une société. Ainsi, si l’on s’intéresse à nos enfants de cette manière, s’ils se reconnaissent dans l’enseignement qu’on leur apporte, s’ils sentent qu’on les prépare à la vie, et non pas qu’on prolonge une scolarité, que non seulement «ils marcheront» mais qu’ils apporteront eux-mêmes de quoi rénover réellement par le fond, l’éducation, le système de l’enseignement et réussiront à y faire entrer les choses de la vie. Car l’«utopie» n’est pas moins nécessaire que le réalisme politique. Sans elle, sans cette imagination qui réclame le pouvoir, l’humanité n’aurait guère fait que piétiner ou reculer.
Abdelhamid Benzerari, Directeur d’école à la retraite
(Angelo Patri)
Cette remarque du directeur d’école et pédagogue Patri, disciple de Dewey, est l’expression d’une observation. Elle équivaut à l’affirmation de l’existence de trois facteurs dans l’éducation : l’école, la famille, la rue.
L’école et la famille
«La famille sera toujours la base des sociétés et le noyau de la civilisation.»
(Honoré de Balzac)
L’école n’est que le second milieu du jeune enfant ; elle prend le relais ou plutôt complète l’éducation sociale et culturelle reçue dans la famille. En effet, dans la cellule familiale, on transmet des ensembles d’idées, des manières de penser, de sentir et d’être, des attitudes que l’on peut appeler le contenu culturel de la famille. Mais la famille est bien plus qu’un véhicule de culture. Elle sélectionne, interprète et évalue ce qu’elle transmet. Pour chaque chose, pour chaque action, elle propose à ses enfants une échelle de valeurs, un système de normes dont ils seront profondément et parfois inconsciemment imprégnés. La famille, c’est un creuset où se forge la personnalité. Sur le plan strictement scolaire, on s’aperçoit que la bonne ou la mauvaise disposition de l’enfant à l’égard de l’école ou de la matière scolaire est fonction du climat familial. L’enfant est bien modelé culturellement et effectivement par sa famille. Malgré la forte influence éducative qu’elle exerce sur lui, l’école n’est pas prioritaire ; c’est la famille qui reste, en dépit de tout, le point de départ et le générateur essentiel en matière d’éducation durant la première enfance et une partie de la seconde. L’enfant y apprend à parler, y contracte de bonnes et de mauvaises habitudes, joue, imite. Tous les membres de la famille apportent leur contribution, souvent contradictoire, à cette éducation. L’enfant se trouve ainsi soumis, pendant plusieurs années, à une action toute empirique dont la valeur est fonction du milieu : rural, urbain, aisé, besogneux. En effet, le niveau culturel de la famille conditionne l’adaptation à l’école. Du fait que notre petit homme y vit ses premières années, que son équilibre affectif s’y prépare, que ses premières expériences culturelles et sociales s’y effectuent, l’influence de la famille est décisive et déterminante. Et ce n’est pas exclusivement le climat des premières années qui conditionne l’accès à la scolarisation. A chacune de ses étapes, celle-ci peut être améliorée ou compromise si le climat se modifie. On peut en conclure que le milieu familial et le milieu scolaire sont loin de s’opposer et de varier en sens inverse. Ces deux influences varient dans le même sens et l’une ne peut grandir au détriment de l’autre.
L’école et l’enfant
«Celui qui ouvre une porte de l’école, ferme une prison.»
(Victor Hugo)
Aux alentours de six ans, s’ouvre une grande période dans l’existence de l’enfant : l’entrée à la grande école qui va le doter d’un second milieu et lui donner déjà un statut social : il n’est plus seulement un enfant, il est écolier. Et à compter du jour où l’enfant entre en classe, la famille se considère déchargée de cette responsabilité au profit de l’école. Celle-ci a alors la conviction que son action, toute rationnelle, est la seule efficace : c’est pourquoi elle s’efforce de ne rien négliger et vise à la fois l’éducation physique, l’éducation intellectuelle et l’éducation morale, ce qui n’empêche pas la famille de continuer, par le fait seul qu’elle existe, son action empirique. L’enfant, à l’école, fait donc connaissance du travail, source pour lui de joie et de fierté, confirmation de sa valeur et de son pouvoir par l’œuvre objective qui en résulte. Notre petit être entre en société avec ses pairs, il fait partie d’un groupe où il sera l’égal de ses partenaires en âge, en possibilités physiques et mentales. Notre écolier recherche encore l’affection de l’adulte extérieur au cadre familial, travaille aussi «pour son maître ou sa maîtresse». Cet aspect affectif de la besogne est très important. Il se dépense pour faire plaisir à son instituteur, pour être distingué par lui ou parce qu’il est passionnant et sait rendre vivant un enseignement ardu. Le travail est contraire à la mentalité du petit homme. Il lui impose d’abord une double discipline : la discipline de l’ordre et celle de l’effort, et cela pour des heures entières qui se répètent chaque jour pendant des mois. C’est pour lui un apprentissage difficile, une contrainte véritable qui se paye par bien des explosions à la sortie de la classe, exubérance, bagarres, pleurs… L’école est un milieu où le petit bonhomme doit se tailler lui-même sa place au soleil, sans bénéficier de préjugé favorable de l’amour parental. Mais il doit tenir compte de l’autorité nouvelle du maître ou de la maîtresse ; il sait aussi que le travail scolaire avec tout ce que cela comporte d’efforts, de lassitude et de joies peut seul lui permettre d’accéder à l’état d’adulte. Il a envie de devenir «un grand», de réaliser son vieux rêve d’être aussi fort et aussi savant que l’adulte. Ce désir reste un excellent stimulant pendant toute sa scolarité d’enfant, puis d’adolescent. La découverte de ses possibilités intellectuelles et d’une vie sociale riche en expériences, alliée à son désir d’être grand, lui fait oublier ses désespoirs, ses difficultés et ses rancunes vis-à-vis du milieu scolaire.
L’enfant et la rue
«L’éducation d’un peuple se juge avant tout dans la rue.»
(Emonda de Amicis)
Dans ce monde où certains affirment que l’école est dans la rue, où l’enfant comme ses aînés est assailli par mille bruits et par mille images, notre élève n’a plus rien de commun avec l’école type que l’on persiste à considérer. Or, ni l’action de l’école ni celle de la famille ne sont exclusives. En pédagogie comme l’a dit Dugas, «il y a ce qui se voit et ce qui ne se voit pas, et ce qui ne se voit pas est généralement bien plus important que ce qui se voit. Ce qui se voit, c’est l’action de l’école et de la famille ; ce qui ne se voit pas, c’est le réseau d’influences qui enveloppe l’enfant de toutes parts, les exemples qu’il a sous les yeux, les sentiments qu’il devine, les mœurs dont il s’imprègne, les habitudes qu’il contracte, les paroles qu’il entend». Nous sommes plongés dans un flux de tohu-bohu et de paroles. C’est un fond sonore d’où émergent paroles, propos, discours écoutés, reçus (plutôt qu’accueillis) d’une oreille distraite, mais qui cependant forment et déforment le goût. En présence de la masse énorme d’informations au sens général et au sens cybernétique du terme qu’il reçoit chaque jour, il se forme de manière différente. Dans nos villes et villages, les enfants, surtout ceux des travailleurs, sont livrés à eux-mêmes et, au sortir de l’école, c’est la rue qui les prend, avec la circulation intense des voitures et des bus, ses affiches de publicité, ses trottoirs squattés par les marchands ambulants, la foule dense des passants, ses incidents, sa vie qui n’est pas toujours édifiante : manifestations, répressions, violences physiques et verbales, agressions, blasphèmes, vols… Des milliers de mineurs sont victimes de sévices en tous genres et une centaine de kidnappings d’enfants sont à déplorer chaque année ( Quotidien d’Orandu 28.7.2011). Aujourd’hui, les parents, les enseignants, les écoliers appréhendent tout ça. Tous ces abus sont dangereux et nocifs. A la sortie des classes, certains élèves, par nécessité, vont se mêler aux marchands dans les marchés pour vendre du persil, des œufs, de la galette, des sachets, des légumes… ; d’autres sécheront les cours pour aller, çà et là, glaner quelques ressources.
Une école parallèle
Il y a ainsi véritablement une école parallèle dont l’importance et l’influence ne cessent de croître, et que la plus grande erreur pédagogique serait d’ignorer ou de rejeter. Le rôle de l’école est de donner aux élèves un cadre de connaissances et une capacité de jugement qui leur permettent de situer, d’interpréter et de mettre en ordre les informations disparates, qui les assaillent de toutes parts. Pourtant, informer n’est pas former et le but de l’école demeure de former l’enfant. L’élève se définit, se justifie, puis se réalise. Cette pédagogie du discernement ou tout simplement du choix, dès la maternelle, s’applique d’abord à l’écolier. Les activités d’éveil y trouvent tout naturellement leur place, puis à travers lui et au-delà de lui à l’adulte. «Agressé, conditionné, trop souvent dupé et finalement désabusé et désorienté, ce qui le conduit à s’isoler psychologiquement et intellectuellement, faute de “saisir” un univers (même quotidien) qui n’est ni à sa mesure ni à sa portée. Une des tâches prioritaires de l’enseignant se trouve d’emblée définie : elle consiste à donner à l’enfant ce qui lui permettra de “saisir son univers”, présent comme futur et cela grâce aux procédés et aux méthodes de cette pédagogie, gage d’une adaptation permanente qui le conduira à l’essentiel, en passant par l’observation, la découverte et la réflexion, d’abord en éliminant l’exagéré ou le superflu, puis en allant directement à l’indispensable, en le cernant, en l’analysant presque d’instinct, il en tire alors un épanouissement progressif et équilibré de son sens critique et plus généralement de sa personnalité.» Les matières d’éveil ne devront pas faire l’objet d’un enseignement purement magistral ni d’une mémorisation systématique et imposée ; elles seront une source d’intérêt, une réserve de thèmes dans laquelle on puisera pour motiver les activités dirigées, des enquêtes, des recherches individuelles ou collectives. L’enfant apprendra en même temps à regarder, à soutenir son attention, à se former par lui-même une représentation mentale ordonnée des faits et des choses.
Comment assurer la prépondérance à l’école ?
Pour assurer la prépondérance à l’école, il faut :
- faire rendre son maximum à l’action éducative de l’école en donnant aux enfants l’habitude de la pensée libre et le goût du travail ;
- amener la famille à apporter son appui à l’école et œuvrer dans le même sens (fêtes scolaires, réunions, associations de parents) ;
- soustraire les enfants à la rue en les confiant après la classe à des œuvres périscolaires (activités sportives, artistiques), maisons de jeunes, scouts…
L’enfant, si l’on n’ y prend pas garde, risque de se trouver écartelé dans les remous de la société adulte. En effet, considérons que l’«agressivité» et le conditionnement de l’univers «adulte» atteignent nos élèves (et les ont déjà atteints) par imprégnation inconsciente. «C’est par une véritable endosmose qu’agissent ces influences muettes !» Il est nécessaire de les «armer» très tôt aussi bien en leur donnant les moyens de s’exprimer et de communiquer qu’en révélant, en exerçant et en affirmant progressivement l’acuité des sens dont la nature les a pourvus pour découvrir, observer, toucher, puis connaître, évaluer et comprendre les êtres et les choses qui les entourent et constituent les innombrables éléments divers et complexes du monde où se déroulera leur vie d’hommes. Toute l’astuce pédagogique, tout l’art des éducateurs, toute cette conception nouvelle de l’éducation tiennent dans le contact permanent avec la réalité, la responsabilité des choses et des connaissances : apprendre à faire des synthèses, distinguer ce qui est superficiel, apprendre aux adolescents à ne pas retenir seulement les impressions fugitives, mais à réfléchir, à approfondir Il revient donc à l’école de jouer à la fois un rôle de protection et de préparation à la vie. Mais il appartient à chacun, Etat, parents, éducateurs d’en tirer les conclusions pour son propre compte. Car toute éducation est le reflet d’une société. Ainsi, si l’on s’intéresse à nos enfants de cette manière, s’ils se reconnaissent dans l’enseignement qu’on leur apporte, s’ils sentent qu’on les prépare à la vie, et non pas qu’on prolonge une scolarité, que non seulement «ils marcheront» mais qu’ils apporteront eux-mêmes de quoi rénover réellement par le fond, l’éducation, le système de l’enseignement et réussiront à y faire entrer les choses de la vie. Car l’«utopie» n’est pas moins nécessaire que le réalisme politique. Sans elle, sans cette imagination qui réclame le pouvoir, l’humanité n’aurait guère fait que piétiner ou reculer.
Abdelhamid Benzerari, Directeur d’école à la retraite
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