mercredi 23 septembre 2009

Hicham Baba Ahmed (HIC). Caricaturiste : « Je m’autocensure involontairement »

- Nage dans ta mer est votre premier album. Vous en ferez d’autres...

Les dessinateurs en Europe publient chaque année un album de dessins de presse. C’est l’aboutissement d’une année de travail. J’ai même envie de dire que ce n’est même pas un événement éditorial. Dans Nage dans ta mer, il y a un concentré de trois années de publication (2006, 2007 et 2008). A partir de janvier 2010, je me suis arrangé avec mon éditeur, pour publier un album chaque année, à commencer par celui de 2009. J’espère que ça va ouvrir la voie aux autres dessinateurs pour faire de même. L’album est une sélection des meilleurs dessins. Nous avons une moyenne de 300 dessins par an. On ne peut pas tout publier. Il y aussi de mauvais dessins.

- Et c’est quoi un mauvaise dessin ?

Le dessin est subjectif. Parfois, la moitié des Algériens adore un dessin et l’autre moitié le déteste. Quand on fait un bon dessin, on n’est pas tout à fait conscient qu’on en a fait un, mais quand on fait un mauvais, on sait qu’il en est un ! C’est dû à l’inspiration du jour, arrivé en retard au travail, mal réveillé... J’ai l’impression que l’inspiration est quelque chose de mystique. Etant professionnel depuis quelques années, on peut éviter facilement le syndrome de la feuille blanche. Quand on devient professionnel, il y a une mécanique qui s’installe permettant de s’en sortir.

- Nage dans ta mer, pourquoi ce titre ?

C’est une proposition de SAS (Sid Ahmed Semiane) qui a écrit la préface. Le titre d’un livre est toujours délicat. Il faut qu’il ne soit ni trop long ni trop court. Le titre est le résultat d’un brainstorming avec SAS. Il a m’a proposé Nage dans ta mer, parce qu’il avait vu le choix du dessin de couverture et il m’a dit que ça collait. « Oum bahrak » est une expression algérienne qui symbolise beaucoup de choses. En fait, j’ai sélectionné trois ou quatre dessins pour la couverture et que j’ai proposés à l’éditeur. Je n’étais pas obligé de le faire. Et puis, le choix est tombé sur celui là. El harga est un phénomène actuel qui prend de l’ampleur

- Avez-vous des lignes rouges dans vos dessins ?

Je défie quiconque qui pourrait prétendre ne pas avoir de lignes rouges. « Lignes rouges », cela ne veut pas dire peur de la justice ou peur d’un tel, cela dépend de la personne, de son éducation et de son comportement. Je m’autocensure involontairement parce que je sais que nous sommes dans une société qui n’accepte pas certaines choses, et qu’on le veuille ou pas, je fais partie de cette société. Je n’ai pas à faire ce que cette société rejette. Les lignes rouges existent partout. Il n’existe pas de sujets que je ne peux pas aborder à part les représentations religieuses. Nous avons eu l’épisode des caricatures danoises, etc. Mais là, c’est la Constitution qui nous l’interdit, ce n’est même pas la religion. Au même titre qu’un Français ne peut pas faire un dessin sur la Shoa. Ils ont leurs interdits, nous avons les nôtres. C’est tout. Je ne peux dessiner le prophète Mohamed, cela ne me frustre pas plus que cela (...) Il n’y a pas de principe de liberté d’expression intégrale. C’est une utopie. La preuve, nous l’avons vécu avec les dessins danois, l’épisode Dieudonné et Siné qui ont subi la censure en France… En Europe, il existe une justice indépendante et une presse institutionnalisée qui maintiennent l’équilibre. Chez nous, si quelqu’un s’aventure à faire un dessin pareille, il subit le lynchage. C’est un risque. On ne pas compter sur la justice ou sur un soutien
- Hic a-t-il subi la censure ?

Oui, mais pas ces dernières années. Honnêtement, au Soir d’Algérie, je n’ai jamais été censuré. Au début de ma carrière, oui. Au Matin, il y avait deux périodes. La première période, on a dû me censurer. C’était plus de mauvais dessins qu’autre chose. Je ne me rendais pas compte à l’époque. Ensuite, au cours de la deuxième période, où j’avais une liberté immense, aucune censure. Donc, si je ne me souviens pas de certains dessins censurés, c’est que c’était rare.L’avantage de la technologie fait que les lecteurs réagissent vite aux dessins. Auparavant, nous n’étions pas en interactivité avec le lecteur. Quand un lecteur envoyait une lettre, le temps qu’elle arrive, le dessin aurait eu huit mois de parution. Là, le lecteur rebondit instantanément. Le dernier dessin sur les dix-huit millions d’Algériens qui vont vivre en France en 2050 a suscité des réactions critiques. Il a été mal compris. J’ai reçu une avalanche de mails, à 90%, venant de personnes vivant en France.

- Et quel regard portez-vous sur la caricature en Algérie ?

Il y a des hauts et des bas. La caricature en Algérie n’est pas un métier à part entière. On est toujours assimilé à des journalistes, or, on ne l’est pas. Nous faisons dans le commentaire, dans la parodie, nous avons un côté artistique. Il faudrait que la profession reconnaisse d’abord ce métier de dessinateur-éditorialiste ou dessinateur de presse pour qu’on puisse, nous dessinateurs, avoir des publications. Les dessinateurs veulent bien avoir une publication à eux où il y aurait 20 dessinateurs et 2 journalistes. L’inverse d’une rédaction classique. Il y a eu El Manchar et l’Epoque, donc, c’est possible de le faire. Cela va nous permettre d’avoir des manifestations. Il est malheureux de constater qu’il n’existe pas d’expos de dessins de presse, de festivals ou de prix annuels, comme cela existe au Maroc.

- Il paraît que vous avez un projet de revue...

Oui, c’est une revue mensuelle de bande dessinée. C’est un autre exercice. Le titre choisi est provisoire. Nous n’avons pas encore tranché. Pour le moment, le titre retenu est El Bendir. Comprenne qui voudra. La revue aura une dimension continentale puisque des dessinateurs africains, contactés durant le Panaf, participent au projet. Avec le Festival de bande dessinée (Fibda) d’octobre, nous allons contacter des dessinateurs d’autres continents pour qu’ils nous donnent un coup de main dans l’élaboration de la revue. On espère réellement donner une allure internationale à la revue. Nous sommes déjà une dizaine de dessinateurs à y contribuer déjà.
- Existe-t-il une relève dans le domaine du dessin de presse ?

Oui. Notre génération, Dilem, Hic et d’autres sont la relève de ceux qui nous ont précédés, Slim, Aider et d’autres. Personnellement, je connais les travaux de cinq dessinateurs qui n’ont pas plus de 25 ans et qui font de l’excellent travail. Comme Islem, Todji (une jeune découverte du Fibda), Sidou. Des jeunes qui font dans le contemporain. Ils collent à leur époque avec l’allusion au manga. Peut-être que cela ne nous plaît pas tout de suite, mais c’est très actuel. Mon modèle était Slim, le dessinateur le plus productif, qui a fait le plus d’albums. Sinon, pour moi, c’était classique, universel, Astérix, Tintin… Comme chaque petit Algérien de l’époque, je lisais à droite et à gauche, ça m’accrochait, donc j’ai commencé à copier, à recopier. Je suis diplômé en aménagement du territoire et protection de l’environnement. Le seul lien que je garde avec ma formation, presque vingt ans après, est que mon premier album est fait avec du papier écologique !

Par Fayçal Métaoui

Cache-misère biométrique et électronique !



Par Hakim Laâlam
Email : laalamh@yahoo.fr
Devinette. Parmi tous les animaux, il en est deux que Benbouzid affectionne par-dessus tout. Lesquels ?

Le flamant rose et la baleine bleue !

Je suis heureux ! Tu ne peux pas t’imaginer comme je suis heureux ! Dans quelques jours, je vais avoir un passeport biométrique. Je ne sais pas exactement ce que recouvre ce mot scientifique, mais je suis heureux quand même. Je ne sais pas si je pourrais, l’été prochain, me payer un billet d’avion pour l’étranger à près de 100 000 DA, un visa à près de 10 000 DA, un change lui aussi situé dans ces eaux-là, mais je suis heureux à l’idée d’avoir mon passeport biométrique dans la poche. Je suis d’autant plus heureux qu’après mon passeport biométrique, les autorités m’ont promis que j’aurais aussi une toute nouvelle carte d’identité nationale, elle aussi biométrique et électronique. Bababababa ! C’est pas la classe, ça ? Une carte d’identité bourrée d’électronique à l’heure où pour se faire délivrer un certificat de résidence, il faut présenter ses dernières quittances Sonelgaz ? Moi, déjà, le premier truc que je fais, dès que l’on me remettra mon passeport et ma carte d’identité biométriques et électroniques, c’est de m’acheter un nouveau portefeuille. Et ben oui, quand même ! Je ne vais pas héberger les deux beaux documents tous neufs et remplis de puces dans mon vieux «toz'dam» ! Je vais y mettre le prix ! Rien n’est trop beau pour un passeport et une carte d’identité biométriques. Il leur faudra du cuir. Un cuir en même temps souple et solide. Du chevreau. Oui ! Oui ! Du chevreau ! Excellent ! Bon, l’idéal, bien sûr, ça aurait été de trouver sur le marché des portefeuilles biométriques et électroniques. Là, ça aurait fait la panoplie. Imaginez un peu la scène lors d’une marche pacifique de protestation contre la hogra, le mal logement et la corruption généralisée. Après m’être fait embarquer par les brigades antiémeutes – parce que je me ferais embarquer, c’est obligé — et lorsque j’atterrirais au commissariat et qu’on me demandera mes papiers, avec quelle lenteur et quelle fierté non dissimulée j’extirperais de la poche de mon pantalon souillé par la boue – parce qu’on m’aura matraqué à terre, c’est obligé là aussi — mon magnifique portefeuille biométrique et électronique, et avec quelle théâtralité voulue et assumée j’en tirerai mes documents intelligents. Malmené, lessivé par les questions, tabassé, spolié de mon droit à l’expression citoyenne, mais avec tout de même dans la poche un passeport et une carte d’identité biométriques et électroniques. Ça en jette ! Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.

H. L.

Les dons de la mer

Il y a toujours quelque chose à tirer de la mer, surtout quand on la raconte avec autant de profondeur, d'authenticité et pour tout dire, de tendresse.

De ses histoires les plus tragiques, l'écrit et l'image ont pu tirer des œuvres tellement belles et émouvantes qu'elles ont intégré l'éternité. La mer invite aux miracles les plus invraisemblables et réhabilite la grandeur des choses simples et naturelles.

Elle est la nature dans toute sa nudité tout en couvant la vie dans ses mouvements les plus palpitants.
Dans son ventre increvable de fertilité, sommeillent les monstres les plus hideux et les agneaux les plus attachants de tendresse.

Elle a son blé qu'elle fait pousser sur de généreuses étendues, ses fruits rares qu'elle cache dans les recoins les plus inaccessibles et ses bêtes les plus indomptables.

La mer est un gouffre insondable sous un champ agaçant de platitude. Ses colères sont muettes. Ne les entendent que ceux qui s'y prennent et subissent ses foudres impitoyables. Elle détermine les caprices des vents et rit au nez des pluies torrentielles.

Ce ne sont jamais les orages que craignent les pêcheurs, mais ce que la mer veut bien en faire. Elle a ses routes, factices, parce que le ressac suffit à guider les pas les plus incertains et joindre les horizons les plus lointains.
Au-dessus d'elle, le ciel est toujours bleu parce qu'elle en est l'indétrônable reflet. La mer tue sans avoir à s'en expliquer et fait vivre sans demander sa dîme.

Elle ne parle pas, elle gronde. Elle ne rit pas, mais sourit à des moments furtifs quand les premiers rayons la chatouillent. Et puis les vagues reprennent possession de ses mouvements, souveraines dans leurs élans, maîtresses du son et du ton, ignorant les bruits de clairon venus des bastingages et les confidences qui se perdent sur les ondes.

La mer ne rejette pas les corps étrangers parce qu'ils sont trop petits pour l'immensité de ses tripes. Les bateaux fondent ses sillons sans qu'elle en redoute la moindre éraflure, des usines géantes habitent ses entrailles sans réussir à provoquer la nausée.

La mer est imperturbable, il n'y a que les hommes pour croire qu'elle est capable des mêmes jérémiades que celles de leurs cauchemars. Pour avoir abrité le premier déluge, elle ne peut promettre l'ultime colère. Les effluves de la mort ne peuvent rien contre l'odeur du sel et des algues.

La mort n'étant qu'un moment de la vie, la mer ne sait pas comment lui tendre les bras si jamais elle a l'idée saugrenue de venir toute seule.

Slimane Laouari

France-Orient, la résurrection ?

Le président Ahmadinejad ne met pas les gants blancs de sa police islamique quand il lui faut répondre à des piques désobligeantes lancées par certains de ses homologues occidentaux.

Nicolas Sarkozy n'y échappera pas. Son admiration pour le peuple iranien, un peu plus pour les révolutionnaires du camp réformiste, n'a pas été du tout du goût du chantre de l'anti-Shoah.
A peine la perche de France 2 tendue qu'il la saisira au vol pour apporter une réponse cinglante au locataire de l'Elysée : «La France mérite mieux que ses dirigeants actuels.» Loin de lui l'idée de cette faillite de présidentiables dont manquerait cruellement le monde.

La réponse de l'ex-maire de Téhéran concerne Nicolas Sarkozy qui se serait trop ingéré dans les affaires internes de la République islamique au moment où la vague verte a failli tout balayer sur son passage.

Par son intervention musclée, le fils spirituel du guide suprême iranien a-t-il voulu attirer l'attention sur une France-Orient qui tendrait à retrouver ses marques dans la région ? Comme tant d'autres, le régime de Téhéran croit que la France ne joint pas l'acte à la parole.

Ce n'est pas parce qu'elle jure sur le perron des Invalides qu'elle a cessé de s'ingérer dans les affaires de ses vieilles colonies africaines qu'elle ne se mêle plus de ce qu'il ne la regarde plus là-bas.

L'opposition gabonaise a remis cet «interventionnisme» à l'ordre du jour avant même de connaître les résultats de la dernière présidentielle, à l'issue de laquelle Ali Bango a remplacé son défunt père. Pour le président Ahmadinejad, la France de Sarkozy procède de la même manière en terre perse mais en sens inverse, au bénéfice des réformistes. Elle cultiverait une bien pire animosité que celle qu'avait entretenu le gouvernement Chirac envers la Syrie du jeune Bachar El Assad.

Réélu dans la violence et dans le sang, qu'il regrette amèrement, l'ultraconservateur en veut-il personnellement à Nicolas Sarkozy pour avoir à chaque occasion soutenu le durcissement du régime de sanctions contre Téhéran ?

Le seul Président qui ne rencontrera pas le «multilatéraliste» Barack Obama, première victime du néoracisme US, a également une dent contre Bernard Kouchner.

A reprendre l'interview de l'invité de France 2, le chef de la diplomatie française compterait parmi ceux qui ont incité les Iraniens à se révolter au lendemain de la présidentielle.

Pis, il serait lui aussi «responsable» de l'assassinat de la jeune Neda, devenue symbole de la résistance verte. Pendant qu'on y est, Bernard Kouchner ne serait-il pas aussi responsable du sort réservé à la jeune universitaire française Clotilde Reiss ?

Elle ne pourra quitter l'Iran que si la France accepte de l'échanger contre des détenus iraniens.
Cela témoigne du fait que les rancœurs irano-françaises en particulier et irano-occidentales en général dépassent de mille têtes la hauteur de la vague verte, au moment de son déferlement.

Par Anis Djaad

Biyouna recherche son public algérien sur Nessma TV

«En France, on ne me compare qu’aux disjonctés comme Brigitte Fontaine - pour moi ce n’est pas péjoratif, au contraire - on m’a appelée la Gainsbarre algérienne ou l’Arletty algérienne. Grande gueule?» Biyouna dans le Nouvel Observateur 23 novembre 2006

Au moment où tous les artistes algériens défilaient sur les plateaux des quatre chaînes de l’Eptv, Baya Bouzar alias Biyouna, l’incontournable icône de la télévision et du cinéma algériens, était l’invitée de marque pour une émission spéciale «Aïd» sur Nass Nesma. Cette fois, c’est décidé. Biyouna, qui n’a tourné dans une aucune production algérienne depuis 2007, tourne le dos à l’Algérie.

Elle, qui a interprété un rôle dans Viva l’Aldjerie, lance un «à bas l’Entv», laissant derrière elle un parcours truffé de fleurs et de jasmin. L’image était émouvante quand Biyouna donnait la réplique à Kamel Bouakaz pour un sketch improvisé à l’algérienne, mais mal compris par le public tunisien. L’Algérie a-t-elle perdu son égérie? Artiste accomplie: danse, chant et comédie, elle réussit à s’imposer aussi bien sur la scène cinématographique que musicale.

Avec deux albums: Raid Zone et Une blonde dans la Casbah, inspirés du répertoire franco-algérien, elle est la deuxième chanteuse algérienne à être distribuée en France après Souad Massi. Au théâtre, elle a récemment joué aux côtés de Jane Birkin dans Electre, ainsi que dans La Célestine de l’Espagnol Fernando de Rojas. Sous la direction de son compatriote Nadir Moknèche, elle a tenu des rôles principaux dans les deux films phares Viva Laldjérie et Délice Paloma.

Entre Paris, Mexico et Casablanca, son coeur balance pour Alger. Cette année, elle est apparue sans convaincre dans une série marocaine loufoque Zorroh aux côtés de comédiens marocains et tunisiens. Son objectif était en fait, de représenter l’Algérie, dans ce qu’on est forcé de présenter comme une production maghrébine. Mais la comédienne la plus populaire du pays est-elle prête à revenir en Algérie après avoir côtoyé les grands ou les moins grands? Ce n’est pas sûr.

Après avoir raté les marches du palais de Cannes, échoué aux Molières, elle espère décrocher une consécration qui lui déroulera le tapis rouge en Algérie. Elle qui n’a jamais reçu de consécration à sa juste valeur, qui n’avait pas de toit pour rassembler ses enfants. Elle qui a failli un jour en finir avec la vie. Bref, Biyouna vivait à l’image de cette magnifique scène où en transe, elle vend ses bracelets en or pour une bière tout en chantant Chaba Janet.

Cette image émouvante de Biyouna saluant son public, qu’elle aime tant, à partir de la chaîne Nessma, témoigne de la détresse de la star et de son envie de revenir en Algérie avec lkdar oua nif. Biyouna ne mérite pas seulement une émission avec des chanteurs maghrébins. Elle mérite toute une émission pour lui rendre hommage. De la fameuse époque de Dar Sbitar et Didi Krimo à Biyouna la matrone dans Délice Paloma, que de bon temps passé.

Amira SOLTANE

Pédagogie

Il y a des questions qui se posent depuis si longtemps et auxquelles on ne trouve nulle réponse satisfaisante: alors, on les range de côté et on ne se les pose plus, espérant qu’un jour, une étincelle venue du ciel, (ou d’ailleurs) viendra faire la lumière sur de ténébreuses affaires. La question qui m’a le plus tarabusté est celle qui est liée aux évènements de la guerre de Libération: pourquoi, dès 1955, l’ALN avait-elle commencé à incendier les écoles dans les villages les plus isolés et les plus démunis? Il faut préciser à ceux qui n’ont pas connu la montagne, que l’école était le seul édifice témoin de la présence de l’Etat: il n’y avait ni dispensaire, ni commissariat, ni pharmacie, ni cabinet médical.

Tout était concentré dans le chef-lieu communal où la présence coloniale s’affirmait à tous points de vue. Certains répondront que c’est pour marquer le refus de la présence française et de sa culture qu’on avait pensé d’abord détruire les symboles et les outils de l’acculturation (on a bien détruit des maisons de la culture-appelés foyers-ruraux!). D’autres vous diront que les écoles, étant les seuls bâtiments solides (les maisons des montagnards étaient des masures construites alors en pisé ou en torchis) et que l’armée française les auraient occupées un jour ou l’autre...

Bref, dans les villages isolés où les écoles ont été détruites, les plus affectés furent les plus démunis, ceux qui n’avaient ni de la famille en ville ni les moyens d’envoyer leurs enfants dans un village voisin. Notre école a eu de la chance. Nous avons eu le bonheur de la garder intacte jusqu’à l’Indépendance. Elle était composée de deux grands bâtiments blancs noyés dans la verdure exubérante d’un grand jardin habilement entretenu. Si, dès les premiers coups de feu, certains enseignants, par prudence, ont quitté le village pour la métropole, d’autres par contre, ont été expulsés par le pouvoir colonial lui-même parce que c’étaient des militants du Parti communiste.
Mais le plus étonnant, c’est que même après le déclenchement de la guerre de Libération, d’autres instituteurs ont continué à venir, amenant dans ces coins reculés longtemps livrés à l’obscurantisme et à la superstition, un peu de la lumière cartésienne dispensée par l’école laïque et républicaine. Et c’est grâce à cela que nous eûmes notre petite part de «butin de guerre», selon la formule consacrée de Kateb Yacine.

Et il faut rappeler que l’école laïque fut une école pré-révolutionnaire non seulement grâce à la qualité des enseignants acquis pour la plupart aux idées de gauche, mais aussi grâce à la qualité des programmes qui réservaient une bonne place à la Révolution française de 1789, qui est le ferment de toutes les révolutions postérieures.

Il y a une anecdote qui m’est restée particulièrement en mémoire: elle concerne celle liée à mon dernier instituteur, M.Pons, originaire du Languedoc, qui nous enseigna en histoire les principaux évènements de la période trouble de la France révolutionnaire. C’était quelques mois après les évènements du 13 mai 1958 date à laquelle certains ultras s’organisèrent en «Comité de salut public».

Dans notre pauvre commune, la mairie, qui n’avait en son temps connu que des conseils municipaux progressistes, avait été livrée par l’armée à quelques pieds-noirs qui fondèrent avec renfort de publicité leur comité de salut public.

Quand notre instituteur qui, pédagogiquement parlant, ne faisait jamais référence aux évènements douloureux qui secouaient le pays, nous parla de ces comités de salut public créés en 1789, je me suis levé et lui ai dit: «Comme celui qui vient d’être créé à la mairie de M...!» Il me jeta alors un regard éloquent où étaient mêlés l’amusement et la satisfaction. Il me répondit d’un air narquois. «Ah non! mon pauvre ami. Rien à voir avec ces comités-là». Je compris ce jour-là que notre instituteur était de notre bord.

Selim M’SILI

Le revers de la médaille

Entrepreneurs, industriels et autres concessionnaires s’alarment du fait du transfert de leurs activités vers d’autres ports du pays afin de désengorger le port d’Alger qui, le moins qui puisse en être dit, ne répond plus aux besoins en expansion de l’Algérie.

Le port d’Alger est certes le plus important du pays mais pas l’unique. Aussi, pourquoi maintenir une telle incohérence économique alors que l’Algérie dispose maintenant d’un grand port appelé à devenir l’un des plus importants de la Méditerranée, le port de Jenjen, à Jijel, actuellement sous-utilisé alors qu’il représente le vecteur d’avenir de l’économie nationale?

Aussi, la levée de boucliers des utilisateurs du port d’Alger reste incompréhensible d’autant plus que son fonctionnement est largement anti-économique, ne serait-ce que par le fait qu’il est devenu incapable d’assurer un mouvement normal entre l’arrivée des navires, leur déchargement et leur départ. Et ce sont 700 millions de dollars que l’Algérie paie pour les frais du maintien en rade et à quai des bateaux.

Le grief principal des contestataires de la mesure de transfert des activités au port de Jijel, est le fait que celle-ci a été précipitée et qu’elle a été prise sans concertation avec les concernés, que le délai d’application est très court (la mesure entre en vigueur le 1er octobre prochain). Sans doute! Mais il faut aussi admettre que la décision de transférer des parts des activités du port d’Alger sur d’autres ports est une mesure outre de bon sens, elle est surtout bienvenue car elle va, en plus de soulager la rade d’Alger, donner plus de tonus à l’activité portuaire en Algérie concentrée sur le seul bassin de la capitale.

Et puis, ces dispositions, outre de stabiliser la population, vont permettre de créer des emplois dans des zones qui connaissent de grandes déperditions en personnels au bénéfice, notamment de la capitale et cela aux dépens d’un développement intégré des autres régions du pays. Par ailleurs, la concentration excessive des activités économiques sur un seul lieu est outre d’être antiéconomique et surtout dangereuse pour la sécurité du pays.
D’autre part, le dispatching des importations sur plusieurs ports permet un meilleur contrôle de ce qui entre au pays comme marchandises lorsque des centaines de conteneurs pénètrent le port d’Alger avec des marchandises prohibées comme les pétards qui inondent le pays, sur lesquels aucune action n’a pu venir à bout.

Beaucoup d’autres raisons militent en faveur d’une décision de bon sens prise par le gouvernement, même s’il faut encore une fois déplorer le fait que ce même gouvernement agit de manière régalienne, ne daigne pas communiquer ni expliquer des mesures, souvent pertinentes, qu’il a pu prendre ou aura à prendre, qui tombent à plat car incomprises par la population et surtout par les principaux concernés, entrepreneurs, industriels et tous ceux dont l’activité tourne autour de l’import-export.

Booster notre économie, promouvoir le développement régional, passent nécessairement par la diversification des pôles d’activité économique que sont les ports. Et puis, il faut bien rentabiliser la dizaine de ports que compte l’Algérie d’autant plus que beaucoup d’entre eux sont délaissés à l’instar des ports de Tenès, Dellys, El Kala, Beni Saf qui pourraient largement aider à booster le développement de l’arrière-pays.

N. KRIM