dimanche 4 octobre 2009

L’auguste assemblée…

Les députés ne sont en phase avec les préoccupations de la nation et celles des citoyens qui les ont élus que lors des campagnes électorales. La sentence semble excessive mais, hormis quelques exceptions, il faut dire que ce sont les députés eux-mêmes qui prêtent le flanc à de tels verdicts, qui les inscrivent en porte-à-faux avec la noble mission politique qui est la leur.

Le retard relatif aux questions orales, qui en réalité met dos à dos et dans le même sac ministres et députés, ainsi que le bureau de l’APN, est un exemple, parmi tant d’autres, sur ce grand écart entre la vocation et la réalité, c’est-à-dire la déviation. Passons sur l’absentéisme et sur d’autres péchés mignons, tels que l’ardeur sujette à suspicion, à se manifester devant les caméras.

Passons également sur les indemnités et autres privilèges, dont bénéficient les élus du peuple. Le problème de ces multiples écarts est d’ordre politique, parce qu’il y va du sens même à donner à la vie républicaine. Ce genre d’écarts, dès qu’ils se multiplient et prennent une ampleur démesurée, non seulement éclaboussent les députés intègres et sincères, mais portent également préjudice au sens de l’élection.

A la longue, le citoyen perd confiance en cet acte civique, parce qu’il voit qu’il est détourné. Et ce retrait de crédibilité se ressent directement sur le taux de participation, autant dire d’abstention, le jour du vote, pour élire «l’Assemblée des représentants du peuple».

D’ailleurs, c’est aux députés et aux partis de faire le ménage dans leurs propres rangs. Certains l’ont fait, et ils se reconnaîtront. D’autres ne l’ont pas fait, et ils se reconnaîtront également…

N.S.

jeudi 1 octobre 2009

Copie non conforme

Avec la décolonisation, l’Algérie, bien que fatiguée par 7 ans de guerre et 132 ans d’affrontement, a récupéré une formidable force d’inertie et s’est engagée dans une dynamique de progrès. Si elle a gardé un complexe vis-à-vis du colonisateur, Franz Fanon, avertisseur public de futur, s’est bien chargé d’en délimiter les teneurs, dès l’indépendance, l’Algérie gardait toutes les structures françaises pour faire semblant d’être moderne, et peut-être qu’à ce moment-là, elle l’était vraiment.

Le temps aidant et les appétits de pouvoir augmentant, elle a commencé à s’éloigner du modèle, pour ne garder que ce qui aux yeux de son régime était important. 47 ans après, on peut se rendre compte qu’elle n’a finalement gardé de la France des années 1960 que l’outil répressif.

Les CNS algériens, compagnie nationale de sécurité, équivalent des CRS français, compagnie républicaine de sécurité, premier front antiémeute, la DGSN, l’équivalent orthographique de la DGSE, et la Gendarmerie nationale, photocopie de la gendarmerie française.

Pour le reste, l’Algérie construit mal et il n’y a qu’à comparer les immeubles français et algériens pour s’en rendre compte. Elle soigne mal, et il n’y a qu’à voir où le président Bouteflika va se soigner quand il est malade. Elle éduque mal et il n’y a qu’à voir le niveau de l’enseignement algérien et français pour le réaliser. Pourquoi l’Algérie n’a pas tout copié ? Parce que ça ne l’arrange pas.

L’Algérie a été livrée aux mains de la tradition et de la conservation, ces deux forces qui n’ont pas participé, ou très peu, à la libération du pays. Le paradoxe est là, sur quelle base leur a-t-on donné ce pays alors que les libérateurs étaient tous des modernistes ? La culpabilité. Le personnel politique étant illégitime et truqueur de légitimité, il va traiter avec l’ennemi, intérieur ou extérieur. Le reste se voit tous les jours.

Par Chawki Amari

La fin de l’impunité pour Israël?

Le rapport très critique du juge sud-africain, Richard Goldstone, va-t-il, enfin, sonner le glas pour Israël? Tout le laisse croire, encore qu’il y a lieu d’être prudent en l’occurrence tant l’Etat hébreu a su, ces dernières décennies, tirer jusqu’à l’usure sur la corde de l’antisémitisme, parade qui le mit à l’abri de toute condamnation et le sortit, indemne, des pires massacres commis dans les territoires palestiniens occupés. Crimes qui tous pouvaient être assimilés à des crimes de guerre et de crime contre l’humanité.

C’est exactement la conclusion à laquelle arrive le rapport Goldstone. Le juge sud-africain espère que le dossier sera déposé par le Conseil de sécurité auprès de la Cour pénale internationale (CPI) pour que l’affaire de l’agression contre la bande de Ghaza suive son cours. Fort de l’impunité que lui ont assurée les grandes puissances occidentales, Israël a fait peu cas de la vie des Palestiniens massacrés sans état d’âme tout au long des quarante dernières années.

Dans une déclaration expliquant le rapport de la commission d’enquête de l’ONU, le juge Richard Goldstone a ainsi dénoncé le fait qu’«une culture de l’impunité prévaut dans la région (du Proche-Orient, Ndlr) depuis trop longtemps» et ajoute: «L’impunité pour crimes de guerre et de possibles crimes contre l’humanité a atteint un point critique»

Le juge estime, d’autre part, que «l’absence actuelle de justice mine tout espoir d’un processus de paix et renforce un environnement qui favorise la violence». Sans qu’Israël soit cité nommément, il est patent que le juge onusien faisait référence à l’Etat hébreu, le seul pays au monde qui jouit d’une curieuse mansuétude de la part des grands qui se sont autoproclamés «gendarmes» du monde. Des «gendarmes» qui ne se sont jamais intéressés aux exactions d’Israël, exactions partout ailleurs condamnées.

Ainsi, la vie de 1400 Palestiniens tués entre le 27 décembre 2008 et le 18 janvier 2009, lors de l’agression contre la bande de Ghaza, n’a pas pesé lourd et n’a pas fait réagir la «communauté internationale» de la même manière qu’elle le fait promptement pour d’autres conflits dans le monde. Ces dernières années, toutes les tentatives de présenter Israël et/ou ses dirigeants, devant une juridiction internationale, pour les crimes commis contre le peuple palestinien ont échoué, singulièrement du fait des pressions qui ont pesé sur la Belgique et l’Espagne, notamment, dont les cours étaient compétentes pour connaître des crimes de guerre.

Mais aujourd’hui, l’étau semble se resserrer autour d’Israël mis sur la sellette, tant par le récent rapport de la commission de l’ONU que par les rapports d’ONG internationales des droits de l’Homme. En fait, si la CPI pouvait lancer un mandat international contre un dirigeant en exercice (cf; le président soudanais Omar El-Bechir), pouvait-il en être autrement pour des dirigeants israéliens coupables d’avoir ordonné des représailles contre les Palestiniens? Exactions assimilées ou qualifiées de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité par les ONG et M.Goldstone.

Si Israël est un Etat comme les autres, la justice internationale doit s’appliquer à ses dirigeants avec la même sévérité qu’à l’encontre d’autres pays ou dirigeants dans le monde. Mais, il y a comme un retour de bâton. C’est ainsi que le ministre israélien de la Défense, Ehud Barak, directement impliqué dans les crimes commis contre les Palestiniens de Ghaza, a été menacé d’arrestation, hier à Londres, à la suite d’une requête d’un groupe d’avocats représentant des Palestiniens, devant le tribunal de Westminster à Londres.

La requête a été rejetée. C’est là un avertissement à Israël et à ses dirigeants, lesquels risquent de ne plus être en sécurité dans le monde après avoir, durant des décennies, bénéficié de l’impunité et s’être placés au-dessus des lois et du droit international.

Karim MOHSEN

Des cartons rouges… à blanc !

Dieu merci, le rôle de l'Union européenne ne se résume pas en un comptage approchant des millions de litres de lait que les agriculteurs déversent à perte dans les champs. 

Il arrive à l'UE d'enquêter aussi. Histoire de savoir qui de la Russie ou de la Géorgie a été derrière le déclenchement des hostilités au début de la guerre des cinq jours. En attendant que le vrai coupable soit débusqué, un rapport des vingt-sept blâme les deux pays ennemis pour «mauvaise conduite».

Les guerres contemporaines sont-elles plus ou moins acceptables quand elles font preuve d'une soi-disant propreté ? Il ne peut y avoir plus blanc que le phosphore et pourtant la guerre de Ghaza a été des plus sales.

Si les victimes du massacre de Jénine sont mortes «pour rien» - il n'a manqué à Ariel Sharon que de crachouiller sur le rapport de l'Onu -, le juge Richard Goldstone a pris la ferme décision que ce scénario ne se reproduira pas. Il ne peut y avoir de paix sans la fin de la «culture de l'impunité».

Les crimes de guerre et possibles crimes contre l'humanité, dont l'armée israélienne est accusée d'avoir commis sous commandement d'Ehud Barak, méritent un sévère châtiment.

Tout comme les tireurs de missiles artisanaux du Hamas palestinien. Le rapport onusien tombe plutôt mal pour les deux parties incriminées, la médiation allemande est sur le point de conclure un accord sur l'échange d'otages contre informations entre Tel-Aviv et la direction politique du Hamas.

Comble du paradoxe, s'il venait à avoir lieu, les deux acteurs continueront-ils de protester «ensemble» les quelque 600 pages que compte le rapport du juge Goldstone ?

Ehud Barak, la vieille colombe qui s'est fait «plomber» les ailes le jour de sa désertion du parti des travaillistes, est le moins bien placé pour pouvoir contester les conclusions du rapport onusien. Invité en Grande-Bretagne par le Labour, auquel Gordon Brown n'est pas près de remettre sa démission, le transfuge Barak s'est rendu dans le Royaume-Uni avec une crampe à l'estomac.

Un collectif de familles palestiniennes ayant déposé plainte contre sa personne devant la cour de justice de Londres qui doit décider si ses juges sont compétents ou non pour instruire l'affaire. Cependant, l'actuel ministre de la Défense israélien n'a aucun souci à se faire quant à son hypothétique arrestation.

Il s'appelle Ehud Barak et non pas Omar El Bachir que son parti, au pouvoir, vient de désigner comme candidat à la prochaine présidentielle.

Le négociateur en chef à Camp David rentrera à Tel-Aviv avec les honneurs militaires, le juge sud-africain a donné à l'Etat hébreu et aux «autorités de Ghaza» six mois pour mener leurs propres enquêtes. Si d'ici-là rien n'est fait, le Conseil de sécurité aura obligation de s'en référer au procureur de la CPI. A ce point, les accusés de crimes de guerre à Ghaza sont proches d'un procès à la Nuremberg ?

Les divisions au sein même du conseil des droits de l'homme de l'Onu sont si profondes que le siège de la cour internationale semble avoir été rayé de la carte. L'Amérique d'Obama, éprise elle aussi de la perpétuelle règle de deux poids deux mesures, n'a pu se tenir à l'écart de ce débat. En son âme et conscience, le secrétaire d'Etat adjoint US aux droits de l'homme,

Michael Posner, s'est refusé à mettre sur le même plan moral Israël, un Etat démocratique qui a le droit de se défendre et le Hamas qui a répondu au retrait israélien de Ghaza en terrorisant les civils israéliens. Qu'il s'agisse du premier ou du second, les cartons rouges qui leur ont été distribués risquent bien de ressembler à des tirs à blanc. A se demander encore où en est l'enquête internationale sur l'assassinat du milliardaire Rafik El Hariri.

Par Anis Djaad

Le dernier pour la route

Moment télé très fort mardi sur France 2. Le thème «comment se débarrasser de l'alcool ?» aurait pu tomber dans le lieu commun, puisqu'il s'est installé dans le débat public depuis assez longtemps pour revenir avec quelques clichés indéboulonnables mais toujours utiles.

Et il y en a eu des clichés, tout au long des deux heures d'émission. Les sentiers battus n'ont pas pour autant été envahissants et il n'était pas aisé de décrocher de l'écran parce que tous les ingrédients qui pouvaient entretenir l'attention étaient là.

A commencer par l'émotion. Débarrassé de tout complexe, un jeune homme physiquement et moralement ravagé par la bouteille tentait de raconter, sans toujours y parvenir, son cauchemar quotidien, une longue canette de bière collée à la main et à la bouche.

Plus loin, ses parents tentaient de retenir des larmes coupables de n'avoir pas vu venir le monstre qui a transformé leur beau garçon en loque humaine. Sur le plateau, des invités, un comédien qui s'en est sorti grâce à son ambition artistique pense à «ceux qui n'ont pas cette chance» et les conseille, sans une once de morale dans le propos, de trouver des raisons de renaître. Un autre, journaliste de son état, se remémore tout le calvaire qu'il a fait subir à ceux qui l'aiment, avant d'«arrêter ça» avec détermination.

Une femme disait comment l'alcool a failli détruire son couple et à quel prix elle a aidé son mari à s'en sortir grâce à un amour auquel elle n'a pas pu renoncer.

Dans un centre de cure réputé de Marseille, les caméras de France 2 ont accompagné les va-et-vient d'un homme alcoolique qui veut bien se soigner et qui y trouve des difficultés en raison de sa précarité sociale. Entre le centre de désintoxication et le foyer d'hébergement pour SDF, les séjours se ressemblent trop pour provoquer la rupture, mais il y croit et s'accroche à sa… guitare, manifestement seul objet à l'arracher un moment à ses déboires.

Entre un témoignage extérieur et une intervention sur le plateau, sont diffusés des séquences du film Le dernier verre pour la route, dialogue plein d'émotion et d'espoir entre un père accro et un fils qui croit naïvement que, pour arrêter de boire, il suffisait de ne plus boire. Les médecins invités expliquaient tout simplement la «maladie», sans culpabiliser quiconque, sans faire la leçon.

L'un avouait que le plus grand danger du whisky est que «c'est si bon», tandis qu'un autre confiait que l'alcool lui avait ouvert beaucoup de portes sociales et professionnelles. Grand moment télé, mais c'était quand même sur France 2. Peut-on rêver d'un moment pareil sur l'ENTV ?

Il faudrait peut-être commencer par parler de l'alcoolisme comme une maladie, pas comme un vice dont il faut vouer les sujets aux gémonies. Existe-t-il des centres de cure, des associations des médecins spécialisés et des malades guéris capables de témoigner sans masque et des hommes susceptibles de regarder leur femme dans les yeux pour lui dire «pardon pour le mal que je t'ai fait» et reconnaître qu'ils s'en sont sortis grâce à elle ? On pourrait commencer par en parler.

Slimane Laouari

Polanski rejoint Mami en prison

Une star mondiale de la chanson croupit dans une prison française, une autre star du cinéma hollywoodien vient d’être arrêtée en Suisse. Pour l’un, c’est le silence, pour l’autre c’est un vrai tsunami...

Qu’ils étaient sages nos ancêtres! «Il faut tourner sept fois la langue dans la bouche avant de parler» entendait-on, tout petits, nos aînés nous répéter ce conseil pour ne pas prononcer des mots déplacés, transmis de génération en génération. Certains en Occident font encore mieux, ils «tournent leur langue 30 ans durant» pour trouver les mots qu’il faut.

C’est que les mots ont leur importance et qu’ils peuvent faire et défaire une situation. Prenons l’affaire qui a déclenché un vrai tsunami médiatico-politique cette semaine. Il s’agit de l’arrestation en Suisse de ce réalisateur de renommée mondiale qu’est Roman Polanski, poursuivi par la justice américaine pour pédophilie (les médias occidentaux disent «penchant sexuel» dans son cas). Cela s’est passé il y a trente années. Cela fait trente ans aussi que l’accusé a fui les Etats-Unis et leur justice. Il n’y a plus remis les pieds, vivant principalement à Paris dont il a pris la nationalité. Son arrestation a créé un tollé indescriptible dans certains médias occidentaux.

Des Etats aussi se sont élevés contre l’exécution du mandat d’arrêt américain. L’affaire a fait grand bruit en début de semaine pour se tasser et se voir carrément retirée du menu des rédactions en fin de semaine. Pour ne pas gêner les tractations qui ont commencé entre les «amis» du réalisateur et l’administration américaine. Mais qui est Polanski et qu’a-t-il commis? L’homme est né à Paris en 1933 d’un père juif polonais et d’une mère russe. Il a connu une enfance malheureuse de vagabond, gagnant sa subsistance dans le marché noir.

Ce qui ne lui laisse guère le temps d’aller à l’école. Mais la chance va lui sourire grâce au cinéma. Qu’il découvre à l’âge de 13 ans. Deux ans après, il décroche le rôle principal dans une pièce intitulée Le fils du régiment mis en scène par Joseph Karbowski. En 1962, à l’âge de 29 ans, il réalise son premier long métrage auquel il donne le titre Le couteau dans l’eau. Cela suffit pour sa consécration en obtenant l’Oscar du meilleur film à New York. En 1968, il épouse la célèbre comédienne américaine Sharon Tate qui se fera assassiner avec quatre de ses amis en Californie par des membres d’une secte dont le tristement célèbre gourou était Charles Manson. En 1977, au summum de sa gloire, Polanski est poursuivi par la justice américaine pour «viol sur une mineure de 13 ans». Libéré sous caution après 47 jours passés en détention, il en profite pour fuir et rejoindre la France dont il possède la nationalité.

Il ne nie pas les faits mais refuse l’accusation de «viol» car selon lui, la victime «était consentante» (rappel non inutile que la fillette en question n’avait que 13 ans). Il accepte à la place, le chef d’accusation de «détournement de mineure». Une reconnaissance du crime ineffaçable. Depuis sa fuite, Polanski vivait librement. Voyageait en Europe le plus normalement du monde malgré le mandat d’arrêt lancé contre lui. Jusqu’à cette semaine où il s’est fait arrêter par les policiers suisses à sa descente d’avion. Voilà l’affaire brièvement exposée. Mais qu’avons-nous entendu dire les ténors des médias et de la politique de certaines capitales européennes? Pas une seule fois le mot «pédophile» n’a été utilisé. L’enfant victime est devenue «une jeune femme consentante».

De plus, elle lui aurait «pardonné». On a entendu parler de «prescriptibilité» pour des faits remontant à 30 ans alors que cela n’existe pas aux Etats-Unis. On a presque entendu que les Etats-Unis n’étaient plus un Etat de droit puisque «la peine de mort» y a été toujours appliquée. On a entendu la Suisse se faire traiter de tous les noms d’oiseaux pour avoir exécuté le mandat d’arrêt. Le nouveau ministre français de la Culture, Frédéric Mitterrand, n’a pas hésité à joindre sa voix à celles des «offusqués» qui défendent la culture en général et les artistes en particulier. Personne n’a dû dire à Mitterrand que, dans une prison française, croupit depuis un certain temps une autre star mondiale de la culture. Cette star s’appelle Mami. Ce n’est pas un pédophile. Certes, il a fui un moment la justice française mais il s’est ressaisi et est revenu se présenter de lui-même à son procès. Il n’a eu droit à aucune solidarité des hommes et femmes de culture.

Peut-être que vous, M.Mitterrand, qui venez à peine d’arriver, allez-vous montrer la même solidarité pour Cheb Mami que pour Polanski et vous dresser contre ces attitudes de deux poids, deux mesures? Osons y croire!

Zouhir MEBARKI

Impressions de route

Il n’ y a pas à dire! Il faut contrôler tout de visu et ne pas se fier au travail de propagande entrepris depuis des années et qui nous force à prendre des vessies pour des lanternes. Tous les jours, des communiqués triomphants font part de grandes réalisations, de projets mirobolants, d’inaugurations répétées: tout semble au mieux dans le meilleur des mondes. Un avenir radieux semble se dessiner pour la génération montante, même si, en face de chez vous, cela fait des mois qu’un chantier pour l’établissement d’une passerelle, piétine: après la poussière de l’été, c’est la boue de l’hiver qui entoure les premières fondations.

Pourvu qu’il ne dure pas autant que le chantier du tramway ou du métro... Tiens! Celui-ci, on commence vraiment à l’oublier! Mais il ne faut pas faire les difficiles: si la cherté de la vie met par terre tous vos ambitieux projets, il faut reconnaître, quand même, que des progrès ont été faits et que l’eau coule sans cesse des robinets qui ont connu des sécheresses mémorables. Si la moindre pluie provoque toujours les mêmes désagréments, si les avaloirs ont toujours de la peine à absorber les généreuses précipitations, si de nouvelles voies de communication permettent dorénavant une circulation plus fluide sur la bande verte qui constitue la partie «utile» du territoire, il faut penser un peu aux villages perdus dans la steppe.

Ceux-ci n’ont pas connu les investissements industriels esquissés au nord et les découpages administratifs décidés sur le papier, donnant des titres ronflants à des agglomérations dont les noms semblent surgir de romans historiques, n’ont pas encore impulsé l’essor attendu. Sitôt que vous sortez de la majestueuse voie express qu’on ose affubler du nom d’autoroute pour aller affronter les contreforts de la barrière montagneuse, si le premier village témoigne d’une bonne organisation, où un ramassage scolaire providentiel aide les enfants dont les domiciles sont éparpillés au gré des exploitations agricoles, les villages suivants aux noms pompeux, tranchent avec leur indigence.

Les écoliers affichent leur dénuement: des enfants, sous la pluie battante font des kilomètres à pied pour rejoindre une école qui ne se distingue pas parmi les masures aux toits bas qui s’accrochent à la montagne. Dès que les pitons rocheux où des conifères rabougris tentent de survivre sont dépassés, les tons pastels cèdent le pas à la symphonie verte et ocre du maquis.

Sur la route au tracé sinueux qui ressemble plus à une piste d’aérodrome au vu de l’absence d’arbres, des groupes de deux ou trois vieux paysans vêtus de kachabia et de turban font de l’auto-stop. Tous les cinq cents mètres, des bras ou des cannes se lèvent pour implorer la pitié de l’automobiliste imperturbable qui a les yeux fixés sur la route trompeuse. Une chose est sûre, dans ce coin perdu le transport public est une chose rare et on peut prévoir, sans l’ombre d’un doute, que les requins du transport, qui se disputent la Mitidja, ne viendront pas se perdre dans ce recoin.

Selim M’SILI