L’Algérie et l’Union européenne (UE) sont finalement parvenues, l’été dernier, après deux ans de difficiles négociations, à un accord sur le dossier relatif au différentiel entre les prix internationaux du gaz nature (GN) et ceux pratiqués sur nos marchés domestiques. Cependant, l’annonce n’en a été faite par le ministre algérien du commerce que le lundi 26 octobre 2009 sous réserve d’une confirmation écrite de la part de la Commission de l’UE. Rappelons les raisons de la discorde.
Dès la fin de la décennie 1990, l’UE imposait déjà une taxation sur les engrais liquides exportés par la société algérienne privée Fertalge à partir de son usine d’Arzew. En 2007, l’UE reproche de nouveau à l’Algérie de subventionner le GN utilisé dans l’industrie pétrochimique et instaure de façon unilatérale une taxe de 13% sur les engrais exportés cette fois-ci par l’entreprise nationale Fertial. Il fallait donc attendre dix ans pour que les arguments algériens portant sur le fait que les prix du GN pratiqués n’étaient pas subventionnés, donc ne constituent pas une distorsion aux règles de l’UE sur la concurrence, finissent par être acceptés.
En effet, il a été démontré que ces prix couvrent bien les frais de l'exploration, l'extraction et le transport du GN et dégagent même une marge bénéficiaire suffisante pour les réinvestissements. Notons au passage l’effet collatéral positif que devrait produire cet accord avec l’UE sur la poursuite des négociations avec l’OMC qui butent toujours sur ce “double prix”. Cela étant réglé, il subsiste une autre vraie question algéro-algérienne, celle-là relative aux industries à haute intensité énergétique.
C’est celle des niveaux des prix du gaz fixés par décret, car il faut veiller aussi à ce que ces prix incitatifs de gaz naturel concédés pour stimuler les industries algériennes de la pétrochimie et celles des engrais soient certes attractifs, mais équilibrés de sorte qu’ils ne participent pas non plus à un transfert massif de rente et n’exercent pas une trop forte pression sur la gestion à long terme des réserves de GN.
Je vous invite à lire à ce propos le rapport 2009 de la Commission de régulation de l’électricité et du gaz (Creg) portant “programme indicatif d’approvisionnement du marché national en gaz 2009-2018” pour vous rendre compte de l’explosion de la demande domestique gazière qu’il faudra couvrir à cet horizon. Ainsi, selon le scénario moyen établi par la Creg, la demande nationale de gaz en Algérie va plus que doubler en une décennie, passant de 26,6 milliards de m3 en 2008 à 54,22 milliards en 2018. Toute la difficulté réside dans l’appréciation de la frontière entre le prix raisonnable et celui actuellement concédé aux opérateurs industriels, notamment étrangers et, faut-il le dire, au soutien de la facture énergétique des ménages.
Je formulerai plus directement la question : y a-t-il risque, ce faisant, de gaspillage et/ou de transfert d’une partie de la rente des hydrocarbures par cette utilisation intensive du fait de faibles prix au détriment des prochaines générations ? À la pression sur les prix s’ajoute donc une pression sur les quantités. Un débat transparent sur la gestion de cette double contrainte devra être initié. Sans attendre le réseau des algériens diplômés des grandes écoles et universités françaises Reage s’est invité, à juste titre, à ce débat en consacrant une table ronde énergie le samedi 7 novembre à Paris lors de son 1er Forum économique euro-algérien.
J’ai déjà, pour ce qui me concerne et pour alimenter la réflexion, deux observations à formuler sur les problématiques de cette table ronde. La première porte sur la question posée par les organisateurs sur “quel mix pour la production d’électricité en Algérie ?” Alors que la vraie question préjudicielle, en tout cas pour la prochaine décade, est celle du profil d’exploitation optimale de la rente gazière en agissant sur les quantités et les prix. Ma deuxième observation est de même nature : au lieu de la question “quelle place pour l’Algérie dans l’écosystème énergétique de l’espace euromaghrébin ?” qui est prospective, on aurait dû poser d’abord celle des systèmes datés et actuels d’approvisionnement gazier de l’Europe à partir de l’Algérie, notamment, et au passage, les difficultés rencontrées par exemple en Espagne.
Cela étant, nous ne sommes pas les seuls à considérer que la disponibilité du gaz naturel est un facteur compétitif pour développer certains segments industriels. Les Émirats arabes unis (UAE) s’inscrivent également dans cette démarche. Dans la page analyse du quotidien anglais Financial Times du 23 octobre 2009, Khaldoon al-Mubarak, directeur général du fonds souverain Mubadala, déclare que l’UAE se tourne vers les “industries à haute intensité capitalistique et à haute intensité énergétique” qui sont “les deux avantages compétitifs que nous avons”. Cela explique l’intérêt manifesté par Mubadala pour les projets pétrochimiques et électro-métallurgiques de la Sonatrach. Un partenariat gagnant-gagnant est toujours possible sous réserve, cependant, des limites indiquées plus haut.
Par : Mustapha Mekideche
Concentré d'actualité et de chroniques tout droit sortis du "four" : Algérie, ainsi qu'un revue de presse de l'actualité algérienne.
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lundi 2 novembre 2009
lundi 26 octobre 2009
PRÉVISIONS TENDUES POUR 2010
Je propose pour cette fois-ci une lecture différente du projet de loi de finances pour 2010 (LF 2010) de celle généralement développée dans la presse et autres médias. Premier élément d’analyse que je privilégie en ces temps de crise : le niveau du déficit budgétaire rapporté aux ressources du Fonds de régulation des recettes (FRR). Commençons, pour ce faire, par rappeler les prévisions de dépenses : un budget d’équipement de 3 332 milliards de DA soit 45,6 milliards de $ et un budget de fonctionnement de 2 837,9 milliards de DA soit 38,8 milliards de $. S’agissant des recettes budgétaires totales, elles s’élèveront à 3 081,5 milliards de DA, soit 42,2 milliards de $. Sur ces bases, le déficit budgétaire s’élèvera à peu de choses près au montant de ces mêmes recettes budgétaires.
Ce déficit sera compensé par le FRR qui sera fortement mis à contribution. La première conséquence qui en résultera est que les ressources du FRR seront entamées plus rapidement que prévues en début de crise. La deuxième conséquence est encore plus problématique car elle porte sur les délais de reconstitution d’une partie ou de la totalité de ces ressources, reconstitution sans laquelle il sera plus difficile de soutenir le rythme d’investissement annoncé pour les cinq prochaines années. Ce dernier point est problématique car il dépendra de la tenue des cours pétroliers durant l’année 2010 et j’aurai l’occasion d’y revenir prochainement en proposant des scenarii sur la base de simulations appropriées. D’où le fait que la question de la fiscalité ordinaire s’insère à présent dans le champ du court terme et non dans celui plus lointain de l’après-pétrole.
Dans ce registre, j’observe deux faits intéressants. D’abord celui relatif à la structure des ressources mobilisées et allouées : on commence à sortir — bien que timidement — du très classique diptyque : deux tiers de fiscalité hydrocarbures et un tiers de fiscalité ordinaire. Précisons d’abord que nous parlons là des recettes mobilisées et non pas potentielles puisque les recettes provenant de la fiscalité pétrolière sont calculées sur un prix du baril fixé à 37 $ et les excédents calculés sur la base des prix réels du marché sont versés au Fonds de régulation des recettes (FRR). Ainsi sur un total de 3 081,5 milliards de DA, 1 245,7 proviennent de la fiscalité ordinaire et 1 835,8 de la fiscalité hydrocarbures.
Cela donne un ratio de 40,4% de ressources budgétaires provenant de la fiscalité ordinaire et 59,6% de la fiscalité pétrolière. On peut mieux faire en fixant des étapes intermédiaires pour l’évolution de ce ratio : la moitié puis ensuite inverser la tendance avec un tiers de ressources fiscales pétrolières et deux tiers pour les ressources fiscales dites ordinaires. Le deuxième fait observé porte sur un autre repère dont il faudra mesurer l’évolution pluriannuelle. Il s’agit du ratio de couverture du budget de fonctionnement de l’État par les recettes fiscales ordinaires.
En fin d’exercice 2009, il sera de 47% pour redescendre à 43,8% en 2010. Cela montre que l’on fait toujours mieux lorsque la contrainte budgétaire se resserre. Ces pistes donneront probablement du grain à moudre au Conseil national de la fiscalité dont on annonce l’installation prochaine. Mais quoi qu’il en soit une contribution de plus en plus élevée de la fiscalité ordinaire dans le budget de l’État n’est pas concevable sans la diversification de l’économie nationale portée par des stratégies sectorielles et d’abord industrielles efficaces. Ainsi en Europe, les premiers signes de sortie de crise sont d’abord perceptibles dans la reprise industrielle manufacturière malgré un euro à 1,5 $.
Chez nous, cette même LF 2010 prévoit de nouveaux mécanismes d’accompagnement financier pour les PME avec une diminution de la pression fiscale. Mais la suppression de la procédure bancaire de la remise documentaire et le choix du mieux-disant en matière de concession foncière seront autant de questions ouvertes que les représentations patronales inscriront probablement à l’ordre du jour de la prochaine tripartite d’autant que leurs entreprises devront mettre la main à la poche en matière de revalorisation du SNMG pour lequel l’État a déjà fait une provision de 230 milliards de DA.
Dans le même ordre d’idées, le ministre de l’Industrie et de la Promotion des investissements annonce la mise en place prochaine de huit champions industriels en commençant par le groupe cimentier, qui devra en priorité réorganiser le marché, et de la mise à niveau de 3 000 entreprises privées. C’est toujours bon à prendre pour le secteur réel. Quant au reste du monde, loi complémentaire des finances pour 2009 ou pas, il continue à vouloir élargir par tous les moyens ses parts de marché en Algérie, à l’exemple de la Turquie qui souhaite un accord spécifique de libre-échange. C’est la loi du business. L’amitié vient après.
Par : Mustapha Mekideche
Ce déficit sera compensé par le FRR qui sera fortement mis à contribution. La première conséquence qui en résultera est que les ressources du FRR seront entamées plus rapidement que prévues en début de crise. La deuxième conséquence est encore plus problématique car elle porte sur les délais de reconstitution d’une partie ou de la totalité de ces ressources, reconstitution sans laquelle il sera plus difficile de soutenir le rythme d’investissement annoncé pour les cinq prochaines années. Ce dernier point est problématique car il dépendra de la tenue des cours pétroliers durant l’année 2010 et j’aurai l’occasion d’y revenir prochainement en proposant des scenarii sur la base de simulations appropriées. D’où le fait que la question de la fiscalité ordinaire s’insère à présent dans le champ du court terme et non dans celui plus lointain de l’après-pétrole.
Dans ce registre, j’observe deux faits intéressants. D’abord celui relatif à la structure des ressources mobilisées et allouées : on commence à sortir — bien que timidement — du très classique diptyque : deux tiers de fiscalité hydrocarbures et un tiers de fiscalité ordinaire. Précisons d’abord que nous parlons là des recettes mobilisées et non pas potentielles puisque les recettes provenant de la fiscalité pétrolière sont calculées sur un prix du baril fixé à 37 $ et les excédents calculés sur la base des prix réels du marché sont versés au Fonds de régulation des recettes (FRR). Ainsi sur un total de 3 081,5 milliards de DA, 1 245,7 proviennent de la fiscalité ordinaire et 1 835,8 de la fiscalité hydrocarbures.
Cela donne un ratio de 40,4% de ressources budgétaires provenant de la fiscalité ordinaire et 59,6% de la fiscalité pétrolière. On peut mieux faire en fixant des étapes intermédiaires pour l’évolution de ce ratio : la moitié puis ensuite inverser la tendance avec un tiers de ressources fiscales pétrolières et deux tiers pour les ressources fiscales dites ordinaires. Le deuxième fait observé porte sur un autre repère dont il faudra mesurer l’évolution pluriannuelle. Il s’agit du ratio de couverture du budget de fonctionnement de l’État par les recettes fiscales ordinaires.
En fin d’exercice 2009, il sera de 47% pour redescendre à 43,8% en 2010. Cela montre que l’on fait toujours mieux lorsque la contrainte budgétaire se resserre. Ces pistes donneront probablement du grain à moudre au Conseil national de la fiscalité dont on annonce l’installation prochaine. Mais quoi qu’il en soit une contribution de plus en plus élevée de la fiscalité ordinaire dans le budget de l’État n’est pas concevable sans la diversification de l’économie nationale portée par des stratégies sectorielles et d’abord industrielles efficaces. Ainsi en Europe, les premiers signes de sortie de crise sont d’abord perceptibles dans la reprise industrielle manufacturière malgré un euro à 1,5 $.
Chez nous, cette même LF 2010 prévoit de nouveaux mécanismes d’accompagnement financier pour les PME avec une diminution de la pression fiscale. Mais la suppression de la procédure bancaire de la remise documentaire et le choix du mieux-disant en matière de concession foncière seront autant de questions ouvertes que les représentations patronales inscriront probablement à l’ordre du jour de la prochaine tripartite d’autant que leurs entreprises devront mettre la main à la poche en matière de revalorisation du SNMG pour lequel l’État a déjà fait une provision de 230 milliards de DA.
Dans le même ordre d’idées, le ministre de l’Industrie et de la Promotion des investissements annonce la mise en place prochaine de huit champions industriels en commençant par le groupe cimentier, qui devra en priorité réorganiser le marché, et de la mise à niveau de 3 000 entreprises privées. C’est toujours bon à prendre pour le secteur réel. Quant au reste du monde, loi complémentaire des finances pour 2009 ou pas, il continue à vouloir élargir par tous les moyens ses parts de marché en Algérie, à l’exemple de la Turquie qui souhaite un accord spécifique de libre-échange. C’est la loi du business. L’amitié vient après.
Par : Mustapha Mekideche
lundi 19 octobre 2009
Tout change pour que rien ne change
On a l’impression qu’il ne s’est rien passé dans le monde et que tout continue comme avant. G20 ou pas, l’histoire économique contemporaine bégaie. Qu’on en juge. Comme avant la crise, les rémunérations des 23 plus grandes institutions bancaires et financières américaines, selon le Wall Street Journal, atteignent un nouveau record avec 140 milliards de dollars c'est-à-dire un peu moins que le PIB de l’Algérie en 2008. Comme avant la crise, le dollar continue de reculer devant l’euro autour de 1,5 $ pour 1 euro.
À la bulle immobilière succède à présent une bulle de l’endettement non seulement aux États-Unis mais aussi en Europe (notamment en France) dont on ne mesure pas assez les problèmes potentiels qu’elle va induire sur l’économie mondiale. Que deviennent les critères de convergence de Maastricht ? Où est passé le consensus formel affiché lors du G20 de Pittsburgh ? Est-il en train de s’effriter à l’épreuve des intérêts nationaux et régionaux ? En tout cas un certain nombre de signaux l’indique.
D’abord le dollar est attaqué sur plusieurs fronts : l’or semble redevenir la valeur refuge des spéculateurs mais aussi des États avec une once qui atteint le montant de 1 051 $, les pays d’Asie veulent créer à l’instar de l’euro land une zone monétaire asiatique. On a même vu des velléités de mise en place d’une nouvelle devise composite remplaçant le dollar dans les transactions pétrolières mais vite démenties car on s’est rappelé que les États-Unis représente plus du quart de l’économie mondiale (26%). Mais à moyen terme, l’endettement public des pays les plus puissants de la planète et la réforme du système monétaire international seront au cœur des prochains enjeux géostratégiques.
Ne parle-t-on pas déjà du binôme États-Unis-Chine-le G2 comme l’appellent déjà certains observateurs — structuré autour du “deal” accès au marché contre obligation de dépôts financiers ? Il faudra toujours se rappeler que pour beaucoup moins que cela, la plupart des pays en voie de développement étaient passés sous les fourches caudines des douloureux Plans d’ajustements structurels (PAS) conduits par le FMI et la Banque mondiale. Juste retournement de l’histoire, le FMI sollicite à présent la contribution des réserves financières des pays émergents dont l’Algérie sous forme d’achats d’obligations libellés en DTS. Après tout, pourquoi pas, c’est sans risque et mieux rémunéré que les bons du Trésor américain.
Ces aspects de la problématique de la crise ne pouvaient pas être occultés par le séminaire international de l’université de Béjaïa consacré au “ralentissement économique mondial et effets sur les économies euromaghrébines”, séminaire auquel j’ai été convié les 11 et 12 octobre 2009. Le professeur émérite François Morin de l’université de Toulouse, fort également de son expérience de membre du Conseil de la Banque de France, n’y a pas caché ses appréhensions dans sa communication portant sur “la crise financière, une crise de globalisation et de la libéralisation des marchés”.
De façon directe, il prévient que “l’endettement public mondial est devenu si considérable que l’on doit parler à présent d’une bulle dont il faut d’ores et déjà imaginer les conséquences possibles si elle devait éclater”. L’exposé du rapport annuel sur l’évolution économique et monétaire de l’Algérie fait par le gouverneur de la Banque d’Algérie à l’Assemblée populaire nationale (APN) ne nous apprend rien de nouveau que l’on ne sache déjà sur les équilibres et les vulnérabilités monétaires et financiers. Un chiffre intéressant quand même à relever, c’est celui de l’évolution des recettes fiscales hors hydrocarbures qui augmentent de 28,1% passant de 565 milliards de dinars le 1er semestre 2008 à 723,9 milliards de dinars au 1er semestre 2009.
Il aurait été utile qu’il ajoutât à sa présentation un ratio significatif de diversification de l’économie nationale : celui de l’évolution du taux de couverture du budget de fonctionnement de l’État par la fiscalité hors hydrocarbures. Cela nous ramène à l’économie réelle et à la nécessité de soutenir dans tous les cas les entreprises productrices de biens et de services. Certaines d’entre elles, surtout les PME, font état de difficultés de mise en place de leur plan de financement d’exploitation du fait de la suppression de la remise documentaire (Remdoc) comme moyen de paiement bancaire.
Ce n’est pas parce que ce problème ne se pose pas pour certaines grandes entreprises qu’il faut l’occulter. La complexité d’une bonne gouvernance économique réside précisément dans le fait qu’il faut non seulement se prémunir des effets de la crise par des mesures inévitables mais aussi en réduire les conséquences négatives notamment sur les entreprises.
Je terminerai par un dernier exemple de gouvernance qui traduit quant à lui son ambivalence : l’université Mira de Béjaïa est un joyau architectural conçu et construit avec des moyens nationaux, en revanche, l’urbanisation de la ville et son schéma de transport sont médiocres. Dans le premier cas, on jette le bébé avec l’eau du bain et dans le second, on est capable du meilleur comme du pire. C’est là tout le paradoxe algérien.
Par : Mustapha Mekideche
À la bulle immobilière succède à présent une bulle de l’endettement non seulement aux États-Unis mais aussi en Europe (notamment en France) dont on ne mesure pas assez les problèmes potentiels qu’elle va induire sur l’économie mondiale. Que deviennent les critères de convergence de Maastricht ? Où est passé le consensus formel affiché lors du G20 de Pittsburgh ? Est-il en train de s’effriter à l’épreuve des intérêts nationaux et régionaux ? En tout cas un certain nombre de signaux l’indique.
D’abord le dollar est attaqué sur plusieurs fronts : l’or semble redevenir la valeur refuge des spéculateurs mais aussi des États avec une once qui atteint le montant de 1 051 $, les pays d’Asie veulent créer à l’instar de l’euro land une zone monétaire asiatique. On a même vu des velléités de mise en place d’une nouvelle devise composite remplaçant le dollar dans les transactions pétrolières mais vite démenties car on s’est rappelé que les États-Unis représente plus du quart de l’économie mondiale (26%). Mais à moyen terme, l’endettement public des pays les plus puissants de la planète et la réforme du système monétaire international seront au cœur des prochains enjeux géostratégiques.
Ne parle-t-on pas déjà du binôme États-Unis-Chine-le G2 comme l’appellent déjà certains observateurs — structuré autour du “deal” accès au marché contre obligation de dépôts financiers ? Il faudra toujours se rappeler que pour beaucoup moins que cela, la plupart des pays en voie de développement étaient passés sous les fourches caudines des douloureux Plans d’ajustements structurels (PAS) conduits par le FMI et la Banque mondiale. Juste retournement de l’histoire, le FMI sollicite à présent la contribution des réserves financières des pays émergents dont l’Algérie sous forme d’achats d’obligations libellés en DTS. Après tout, pourquoi pas, c’est sans risque et mieux rémunéré que les bons du Trésor américain.
Ces aspects de la problématique de la crise ne pouvaient pas être occultés par le séminaire international de l’université de Béjaïa consacré au “ralentissement économique mondial et effets sur les économies euromaghrébines”, séminaire auquel j’ai été convié les 11 et 12 octobre 2009. Le professeur émérite François Morin de l’université de Toulouse, fort également de son expérience de membre du Conseil de la Banque de France, n’y a pas caché ses appréhensions dans sa communication portant sur “la crise financière, une crise de globalisation et de la libéralisation des marchés”.
De façon directe, il prévient que “l’endettement public mondial est devenu si considérable que l’on doit parler à présent d’une bulle dont il faut d’ores et déjà imaginer les conséquences possibles si elle devait éclater”. L’exposé du rapport annuel sur l’évolution économique et monétaire de l’Algérie fait par le gouverneur de la Banque d’Algérie à l’Assemblée populaire nationale (APN) ne nous apprend rien de nouveau que l’on ne sache déjà sur les équilibres et les vulnérabilités monétaires et financiers. Un chiffre intéressant quand même à relever, c’est celui de l’évolution des recettes fiscales hors hydrocarbures qui augmentent de 28,1% passant de 565 milliards de dinars le 1er semestre 2008 à 723,9 milliards de dinars au 1er semestre 2009.
Il aurait été utile qu’il ajoutât à sa présentation un ratio significatif de diversification de l’économie nationale : celui de l’évolution du taux de couverture du budget de fonctionnement de l’État par la fiscalité hors hydrocarbures. Cela nous ramène à l’économie réelle et à la nécessité de soutenir dans tous les cas les entreprises productrices de biens et de services. Certaines d’entre elles, surtout les PME, font état de difficultés de mise en place de leur plan de financement d’exploitation du fait de la suppression de la remise documentaire (Remdoc) comme moyen de paiement bancaire.
Ce n’est pas parce que ce problème ne se pose pas pour certaines grandes entreprises qu’il faut l’occulter. La complexité d’une bonne gouvernance économique réside précisément dans le fait qu’il faut non seulement se prémunir des effets de la crise par des mesures inévitables mais aussi en réduire les conséquences négatives notamment sur les entreprises.
Je terminerai par un dernier exemple de gouvernance qui traduit quant à lui son ambivalence : l’université Mira de Béjaïa est un joyau architectural conçu et construit avec des moyens nationaux, en revanche, l’urbanisation de la ville et son schéma de transport sont médiocres. Dans le premier cas, on jette le bébé avec l’eau du bain et dans le second, on est capable du meilleur comme du pire. C’est là tout le paradoxe algérien.
Par : Mustapha Mekideche
lundi 12 octobre 2009
Entre couacs et frémissements : une économie sous pression
Bien que la crise ait touché l’Algérie de plein fouet, cette dernière l’a finalement traversée sans dégâts majeurs en comparaison avec des pays insérés internationalement de façon similaire tels que la Russie et les pays du Golfe qui ont perdu beaucoup plus du fait de leur stratégie d’ouverture monétaire et boursière.
Notre pays maintient ainsi pour 2009 un taux de croissance de 2,1% selon le FMI mais plus probablement de 3,9% comme l’a indiqué le ministre des Finances anticipant notamment sur un taux exceptionnel de croissance du secteur agricole. Mais malgré cela la gouvernance de l’économie algérienne reste toujours soumise à de fortes pressions internes et externes. Est-ce un signe de son dynamisme ou au contraire un symptôme de son aphasie ? En vérité, ni l’un ni l’autre.
Les débats sur les conséquences de la LFC 2009 auxquels se sont invités largement les partenaires étrangers ont eu le mérite, au-delà du raccourci idéologique inapproprié et facile sur les “vrais patriotes” qui “soutiennent” la LFC 2009 et les autres, de mettre en évidence deux courants d’analyse concernant les ajustements de l’économie algérienne face à la crise. Pour le premier il s’agit d’une pause inadéquate dans les réformes qui freinent notamment les IDE, sur fond de retour au protectionnisme et dont l’objectif caché serait de recentrer davantage dans le champ national l’accès aux diverses rentes.
Pour le second courant, il s’agit au contraire de donner un coup d’arrêt légitime et salutaire à l’explosion des importations de biens, qui aggravent le syndrome hollandais, en instituant une sorte de préférence nationale de nature à stimuler le développement des capacités nationales de production de biens et de services. Peut-on affirmer que ces deux types d’analyses soient aussi divergents et aussi antinomiques ?
En examinant les faits, que peut-on observer ainsi au-delà des intentions assumées, inavouées ou même prêtées aux uns et aux autres ? On relève, certes, des couacs résultant des dégâts collatéraux des récentes mesures sur certaines PME mais on peut relever également dans un champ daté antérieur d’autres couacs résultant quant à eux d’engagements non entièrement tenus par des partenaires étrangers disposant pourtant de la majorité. On constate ensuite des frémissements sensibles non seulement dans le secteur agricole et ceux de l’industrie et de l’énergie.
Commençons par l’industrie : les entreprises ENIEM et SNVI bénéficient du “rachat” de leur endettement, “rachat” sans lequel elles ne peuvent être viables. Les pouvoirs publics ne pouvaient pas rester plus longtemps dans un attentisme coûteux en laissant péricliter des capacités “dormantes” de production d’autant que ces dernières soutiennent un réseau diversifié de sous-traitance industrielle. Cette mesure est justifiée, au-delà de la sauvegarde de gisements d’emplois, par la capacité de ces entreprises à disposer de parts de marché en Algérie et à l’étranger. Elles l’ont déjà prouvé.
Dans le même ordre d’idées, on observe que certains investisseurs étrangers mettent à profit cette “pause” pour se préparer à la reprise annoncée, à l’instar de Lafarge et de son associé algérien qui réhabilitent les installations la cimenterie de Meftah et d’ArcelorMittal qui procède à une maintenance lourde ou au remplacement de sa cokerie d’El-Hadjar. En revanche, on ne peut être que plus nuancé s’agissant de Fertial détenue depuis août 2005 à hauteur de deux tiers par le groupe espagnol d’engrais Vilar Mir. Ainsi, les explications données par son nouveau président Jorge Requena Lavergne pour justifier les retards des investissements prévus dans le pacte des actionnaires — même s’il juge “le bilan du partenariat positif pour les deux parties” — ne sont que partiellement convaincantes.
Arguer par exemple des lenteurs dues à la direction des mines pour homologuer les appareils à pression et à vapeur (APV) et à celles du CTC pour approuver les plans et notes de calcul de génie civil n’est pas opposable au tiers. S’agissant du secteur des hydrocarbures, la Sonatrach avait annoncé la couleur dès le début de la crise en prenant le risque de maintenir son programme d’investissements en amont et aval.
Premier résultat du pari : elle reconstitue une partie de ses réserves et de sa production gazières avec ses “nouveaux” partenaires non majoritaires. Respectivement 1,6 milliard m3/an avec Total (37,5%) et Cepsa (11,25%) pour le projet gazier de Timimoun et 4,5 milliards de m3/an avec GDF Suez pour le projet gazier de Touat dans le sud-ouest algérien.
Cela représentera une production supplémentaire commercialisable de 6,1 milliards de m3/an à partir de 2013 sans compter celle de Gassi Touil. En attendant, les résultats du second appel d’offres d’exploration et d’exploitation, voilà de quoi rassurer ceux qui disaient qu’il n’y avait plus rien à découvrir et même les autres.
Par : Mustapha Mekideche
Notre pays maintient ainsi pour 2009 un taux de croissance de 2,1% selon le FMI mais plus probablement de 3,9% comme l’a indiqué le ministre des Finances anticipant notamment sur un taux exceptionnel de croissance du secteur agricole. Mais malgré cela la gouvernance de l’économie algérienne reste toujours soumise à de fortes pressions internes et externes. Est-ce un signe de son dynamisme ou au contraire un symptôme de son aphasie ? En vérité, ni l’un ni l’autre.
Les débats sur les conséquences de la LFC 2009 auxquels se sont invités largement les partenaires étrangers ont eu le mérite, au-delà du raccourci idéologique inapproprié et facile sur les “vrais patriotes” qui “soutiennent” la LFC 2009 et les autres, de mettre en évidence deux courants d’analyse concernant les ajustements de l’économie algérienne face à la crise. Pour le premier il s’agit d’une pause inadéquate dans les réformes qui freinent notamment les IDE, sur fond de retour au protectionnisme et dont l’objectif caché serait de recentrer davantage dans le champ national l’accès aux diverses rentes.
Pour le second courant, il s’agit au contraire de donner un coup d’arrêt légitime et salutaire à l’explosion des importations de biens, qui aggravent le syndrome hollandais, en instituant une sorte de préférence nationale de nature à stimuler le développement des capacités nationales de production de biens et de services. Peut-on affirmer que ces deux types d’analyses soient aussi divergents et aussi antinomiques ?
En examinant les faits, que peut-on observer ainsi au-delà des intentions assumées, inavouées ou même prêtées aux uns et aux autres ? On relève, certes, des couacs résultant des dégâts collatéraux des récentes mesures sur certaines PME mais on peut relever également dans un champ daté antérieur d’autres couacs résultant quant à eux d’engagements non entièrement tenus par des partenaires étrangers disposant pourtant de la majorité. On constate ensuite des frémissements sensibles non seulement dans le secteur agricole et ceux de l’industrie et de l’énergie.
Commençons par l’industrie : les entreprises ENIEM et SNVI bénéficient du “rachat” de leur endettement, “rachat” sans lequel elles ne peuvent être viables. Les pouvoirs publics ne pouvaient pas rester plus longtemps dans un attentisme coûteux en laissant péricliter des capacités “dormantes” de production d’autant que ces dernières soutiennent un réseau diversifié de sous-traitance industrielle. Cette mesure est justifiée, au-delà de la sauvegarde de gisements d’emplois, par la capacité de ces entreprises à disposer de parts de marché en Algérie et à l’étranger. Elles l’ont déjà prouvé.
Dans le même ordre d’idées, on observe que certains investisseurs étrangers mettent à profit cette “pause” pour se préparer à la reprise annoncée, à l’instar de Lafarge et de son associé algérien qui réhabilitent les installations la cimenterie de Meftah et d’ArcelorMittal qui procède à une maintenance lourde ou au remplacement de sa cokerie d’El-Hadjar. En revanche, on ne peut être que plus nuancé s’agissant de Fertial détenue depuis août 2005 à hauteur de deux tiers par le groupe espagnol d’engrais Vilar Mir. Ainsi, les explications données par son nouveau président Jorge Requena Lavergne pour justifier les retards des investissements prévus dans le pacte des actionnaires — même s’il juge “le bilan du partenariat positif pour les deux parties” — ne sont que partiellement convaincantes.
Arguer par exemple des lenteurs dues à la direction des mines pour homologuer les appareils à pression et à vapeur (APV) et à celles du CTC pour approuver les plans et notes de calcul de génie civil n’est pas opposable au tiers. S’agissant du secteur des hydrocarbures, la Sonatrach avait annoncé la couleur dès le début de la crise en prenant le risque de maintenir son programme d’investissements en amont et aval.
Premier résultat du pari : elle reconstitue une partie de ses réserves et de sa production gazières avec ses “nouveaux” partenaires non majoritaires. Respectivement 1,6 milliard m3/an avec Total (37,5%) et Cepsa (11,25%) pour le projet gazier de Timimoun et 4,5 milliards de m3/an avec GDF Suez pour le projet gazier de Touat dans le sud-ouest algérien.
Cela représentera une production supplémentaire commercialisable de 6,1 milliards de m3/an à partir de 2013 sans compter celle de Gassi Touil. En attendant, les résultats du second appel d’offres d’exploration et d’exploitation, voilà de quoi rassurer ceux qui disaient qu’il n’y avait plus rien à découvrir et même les autres.
Par : Mustapha Mekideche
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